Gildas Volaharison : « L’agribusiness est le secteur d’avenir »
9 janvier 2019 - Éco commentaires   //   352 Views   //   N°: 108

L’agribusiness présente un enjeu considérable pour Madagascar. Le pays a de nombreux atouts en termes de surface cultivable, de diversité des offres et de notoriété des produits au niveau mondial. Gildas Volaharison, Agribusiness Manager à l’EDBM (Economic Development Board de Madagascar), nous confie son point de vue.

Vous avez lancé des guides pour promouvoir l’agribusiness. Parlez-nous en…
Nous avons lancé des guides d’investissements sur les épices, les huiles essentielles et l’aquaculture en septembre dernier. Chaque guide répond à toutes les questions d’un opérateur économique désireux d’investir dans une filière. On y trouve les informations essentielles comme les données techniques et économiques sur la surface exploitée, le rendement, le prix au kilo, la recette estimative, les différents usages, etc. Il y a aussi les informations utiles sur le volume de production et d’exportation, les pays preneurs, les pays concurrents, etc. Cet outil, réalisé avec The GIZ Center for Cooperation with the Private Sector, a pour objectif principal de donner une idée précise sur les opportunités d’affaires existantes en matière d’agribusiness à Madagascar.

« Si un agripreneur veut créer sa société, il peut le faire en quatre jours auprès de l’EDBM »

Qu’entendez-vous par agribusiness ?
Comme son nom l’indique, c’est un business lié à l’agriculture. Ce n’est pas un concept nouveau, cela existe depuis au moins 20 ans à Madagascar. Il y a des grandes entreprises, par exemple, qui font dans la transformation et l’exportation de légumes et emploient des milliers de producteurs. Il y a aussi ceux qui investissent dans les fruits ou encore dans les huiles essentielles. Par ailleurs, plusieurs grandes marques internationales font leur approvisionnement en matières premières auprès des agripreneurs (entrepreneurs en agriculture) à Madagascar. Par exemple, les parfumeurs de renom comme Cartier, Guerlain, Chanel Coco Chanel, etc. ou les industries agro-alimentaires comme Nestlé, Unilever ou Coca Cola utilisent la vanille de Madagascar pour leurs produits.

Pourquoi miser sur ce système ?
Madagascar offre le contexte idéal pour un projet dans le secteur de l’agribusiness. On a tout d’abord le terrain, c’est d’ailleurs un de nos plus grands avantages par rapport aux pays de l’océan Indien. Madagascar dispose de 8 millions ha de surface cultivable.

Sur cette superficie, seuls 2,6 millions sont mis en valeur. Il y a donc des terrains qui sont encore exploitables. De plus, Madagascar a la plus grande ressource en eau en Afrique de l’est. Et il ne faut pas oublier qu’on a la main d’oeuvre sachant que 80 % des Malgaches travaillent dans le secteur. Aussi, aujourd’hui, l’agriculture est la deuxième ressource pourvoyeuse de devises et représente déjà 30 % des exportations de Madagascar.

Qu’en est-il de nos offres ?
Grâce à sa diversité de type de sol et de climat, Madagascar offre une belle variété de produits. Les Hautes Terres produisent des fruits et des légumes. Le Nord-Est est réputé pour la vanille, tandis que le Nord-Ouest fournit de l’ylang ylang. Le cacao, quant à lui, est cultivé du côté de Sambirano. Ambatondrazaka est réputé comme étant le grenier à riz de Madagascar. Une de nos plus grandes difficultés et je cite l’avis d’un expert du PWC (PricewaterhouseCoopers), ce sont les routes. Les productions sont enclavées et nucléarisées. On n’arrive pas à approvisionner d’une manière efficace les zones les plus consommatrices notamment celles urbaines. Pourtant, par exemple pour le riz, si le gouvernement mettait en place les infrastructures nécessaires, Madagascar pourrait améliorer considérablement sa production et redevenir à termes autosuffisant et exportateur comme dans les années 70.

Nos produits sont très demandés dans le monde ?
L’agriculture est, en effet, un secteur porteur. Nous avons accès aux marchés de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), de l’Union Européenne ou encore au marché régional. Nos produits sont demandés à travers le monde. En 2017, Madagascar a fourni plus de 80 % du marché mondial de la vanille. La quantité de vanille exportée avoisine les 1600 tonnes par an dont le prix du kilo est près de 1 600 000 ariary (400 euros). Par ailleurs, on est le premier exportateur mondial de litchis avec 70 % de part de marché en Europe. Quant à la cannelle malgache, elle représente 88 % de celle produite dans le monde. Notre cacao fin est aussi très demandé par les grands chocolatiers du monde. Et ce ne sont que des exemples. Il y a une opportunité d’affaires dans chaque filière.

Où en est Madagascar dans la fabrication de produits bio?
La demande mondiale en produits bios a une croissance de 15 % par an. Pour ce qui est de Madagascar, nous avons plus de 150 000 ha de terrains certifiés bio et 10 000 producteurs qui oeuvrent dans ce domaine. Nous ne sommes même pas dans le top 100 des pays qui réussissent à répondre à la demande mais nous avançons petit à petit. Le défi des acteurs de l’agribusiness est d’arriver à lancer des produits suivant les normes internationales. Il y a déjà des initiatives. Les exportateurs de litchis se sont regroupés en association pour établir des normes à suivre. Résultat, ils exportent près de 17 000 tonnes de litchis certifiés par an. Le fait de suivre des normes est aussi une des solutions pour régler les problèmes de qualité de nos produits.

Quelles sont vos actions pour promouvoir l’agribusiness ?
On a mis en place le guichet unique de création d’entreprise depuis 2007. Si un agripreneur veut créer sa société, il peut le faire en quatre jours auprès de l’EDBM. Avant 2008, les entrepreneurs devaient faire le tour de la ville pour prendre les différentes paperasses (registre de commerce, carte statistique, etc.) pour monter son entreprise. Ce guichet unique permet de faciliter les démarches en termes de coût, de délai et de procédure. A part cela, nous allons faire participer des entreprises malgaches à la Biofach à Nuremberg en Allemagne en février. Les chefs d’entreprises rencontreront des potentiels investisseurs internationaux.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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