Fishy : Du blues à la louche
6 avril 2018 - Cultures commentaires   //   303 Views   //   N°: 99

Pour un 1er avril et faute de pouvoir vous accrocher un requin-bouledogue dans le dos, il était tout indiqué de vous sortir les Fishy. Blague à part, c’est sans doute le combo blues rock le plus inspiré de la nouvelle scène malgache. De Muddy Waters à Johnny Winter, ces mecs riffent comme des malades et transforment Tana en banlieue de Chicago. Et là vous rigolez moins !

Fishy a été baptisé de la sorte en raison d’un qualificatif peu flatteur dont Ntsoa (chanteur/guitariste), le fondateur du groupe, était affublé pendant son adolescence. « Mon prof de maths me disait toujours que j’avais l’air louche (fishy) d’un gars qui devait sûrement consommer des trucs pas clairs dans les allées sombres. J’en ai déduit que c’était la perception qu’on avait de moi et j’ai nommé mon projet ainsi. » A peine sorti de sa période boutonneuse (peut-être à cause d’elle d’ailleurs !), il décide de former son propre « rock band » avec deux potes, Nathanaël (basse) et Tsiory (batterie). A l’époque, il barbote plutôt dans le grunge nirvanien, alors très en vogue dans l’underground malgache. « Quand j’ai commencé vers 2008, c’est Nirvana qui m’inspirait ; j’estime que c’est une bonne école pour se mettre au rock pur et dur. Puis mon oncle Liva (soliste du groupe Tsiakoraka N.D.L.R.) m’a initié au blues rock, et là j’ai vraiment trouvé le son qu’il me fallait.  »

Aussi facile soit-il à définir, mix de blues et de rock, le genre est vraiment duraille à cerner puisque par définition tout est blues dans le rock et tout est rock dans le blues, du moins depuis que des gars comme Robert Johnson, Elmore James ou Howlin’Wolf ont complètement réinventé, en amplifiant et électrisant leurs instruments, les jeux de guitares du Sud profond. Pour faire simple, tout sort des riffs de malade de Muddy Waters (Got My Mojo Workin’) et des envolées célestes de B.B. King (The Thrill Is Gone), lesquels vont avoir dès les années Soixante une influence majeure sur toute une génération de musiciens nés avec le rock’n roll d’Elvis, aussi bien en Europe (John Mayall, Eric Clapton, Rory Gallagher) qu’aux États-Unis (Jimi Hendrix, Johnny Winter, Stevie Ray Vaughan).

Avec de tels devanciers, il n’y a plus qu’à se tenir à carreau ! Pour autant, Fishy n’est pas un machin revivaliste de pure dévotion envers les grands noms du blues. Il ne s’interdit pas des incartades dans le hard-rock (blues rock dégénéré et hyperformaté) des années 80 à la Skid Row ou Guns’n Roses, ou pour faire local chez les Iraimbilanja et autres Doc Holiday. Mais sans jamais aller au-delà : « On aime les vieux trucs », confessent-ils benoîtement.

Fidèles au genre, les paroles s’attardent sur les galères du quotidien, interrogent la nature sombre et déprimée (au sens premier du mot blues) de l’Homme. Comme dans « Aretina » (Maladie) qui met en scène un schizo « meurtrier la nuit et ordinaire et sympa le jour », un morceau que n’aurait pas désavoué un Screamin’Jay Hawkins ! Là des trucs plus érotiques comme « Tongotra » (Les Pieds) et son fétichisme au second degré, en fait un plaidoyer vibrant pour l’hygiène amoureuse : « Si je tente de séduire une femme, je l’invite à venir nager, car quand une personne prend soin de ses pieds, elle est soignée des pieds à la tête… » On est forcément goujats quand on fait à la fois du blues et du rock, mais cette vérité vaut aussi pour les mecs !

Cela étant, le blues – le vrai blues brut de décoffrage – est peu représenté à Mada, hormis ces groupes qui le mêlent au jazz avec souvent une approche aussi soporifique que latino ! Sans parler de tout ce qui est métal à Mada, genre en vogue consistant en gros à vouloir jouer de la guitare avec des gants de boxe. Autant dire que Fishy reste relativement marginal et aussi extra-terrestres chez nous que les Canned Heat à Woodstock ! Pour ceux qui veulent en savoir plus, Fishy sort un album ce mois et se produira en concert aux côtés de Moajia, le 14 avril au Hennessy Café d’Ivandry. « Quand on n’a pas de label derrière soi et vu les coûts hallucinants en termes de création, c’est bon de pouvoir compter sur la solidarité des autres musiciens, comme le groupe No Joke qui nous a énormément soutenu. » Ah mais les gars, il vaut mieux ne pas avoir de label du tout qu’un label pourri qui va vous dénaturer et vous sucer jusqu’à la moelle. Une question de « liberté » en somme, et je ne parle pas de la bière !

Contact
Fishy :
032 92 961 09 (Ntsoa)

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