Filière vanille : « Le marché international est réticent »
1 août 2017 - Tribune commentaires   //   339 Views   //   N°: 91
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L’avenir de la vanille de Madagascar est aujourd’hui en péril. Entre problème de qualité et forte augmentation des prix en passant par l’émergence de l’informel, ce secteur n’arrive pas à se redresser. L’appel au secours pour assainir la filière est lancé.

La filière vanille est un des premiers pourvoyeurs d’emploi et de devises. Il peine pourtant à se redresser depuis ces trois dernières années. Pour cause, on assiste à une dégradation significative de la qualité générale de la vanille. Les gousses sont cueillies trop tôt, séchées insuffisamment et mises à l’emballage sous vide, ce qui pourtant est interdit par un arrêté ministériel de 2016. La qualité ne compte plus pour les milliers de petits producteurs. Il y a de plus en plus de violations des règles, de la production à la conservation en passant par la récolte. C’est l’image de la vanille de Madagascar qui en pâtit. Le marché international est aujourd’hui réticent par rapport à notre qualité. Voilà pourquoi en 2016, la production a été réduite. Nous avons produit 1 500 tonnes pour une demande mondiale de 3 000 tonnes.

Quant au prix, le kilo de la vanilline artificielle se vend à partir de 30 000 ariary alors que,

par extrapolation de son pourcentage dans la gousse, le kilo de vanilline naturelle d’origine malgache revient à près de 200 000 000 ariary. Malgré un engouement pour les arômes naturels, cela entraîne une perte de compétitivité. Les acheteurs internationaux préfèrent se tourner vers les produits de substitution. Par ailleurs, à cause des spéculations de certains collecteurs, le prix de la vanille ne cesse d’augmenter depuis ces dernières années. Elle peut se négocier à plus de 1 million ariary le kilo, tandis que sur le marché international le kilo se vend à partir de 1,2 million ariary. Ce prix actuel favorise les pratiques criminelles que ce soit au niveau des plantations, du transport ou du stockage.

Les plus grands obstacles à l’épanouissement du secteur vanille restent donc le non-respect des règles établies, le développement de l’informel et la spéculation de nouveaux acteurs qui s’improvisent de façon non professionnelle dans la filière. L’application des lois en vigueur fait défaut. L’heure est venue de bannir l’informel et retrouver la confiance des importateurs aussi bien au niveau de la qualité des produits que de l’éthique des acteurs de la filière.

Cependant, il est difficile d’assainir et de professionnaliser cette filière. L’État manque de moyens alors que les trafiquants sont puissants. Mais des initiatives existent comme l’organisation d’assises nationales et plus récemment de missions du ministère du Commerce dans les zones concernées afin de renforcer la sécurité. Pour redresser ce secteur, il faudra que chacun prenne ses responsabilités, des petits producteurs aux exportateurs et surtout les organes contrôleurs. Il faut désormais plus de sanctions pour les violations des règles. Au grand maux, les grands remèdes !

Georges Geeraerts, président du Groupement des exportateurs de vanille de Madagascar (GEVM), et
Landry Njaka, secrétaire général de la Plate-forme nationale de la vanille (PNV)

Le GEVM compte à ce jour une quarantaine de membres et ambitionne de rassembler tous les exportateurs autour d’une même volonté de pérennisation et de développement de la filière vanille.

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