Au Grand Café de la Gare à Soarano, le music-hall malgache vit sa deuxième saison. Fifou, producteur et patron des lieux, revient sur ce spectacle immersif signé Anjara Saloma — un tour du monde en musique, dans l'un des bâtiments les plus emblématiques de la capitale.


Cette deuxième édition de L'Horloge Enchantée, c'est quoi exactement — et en quoi se distingue-t-elle de la première ?
La première édition, c'était un voyage en train qui partait de Toamasina au début du siècle pour arriver dans les années 80, avec des arrêts, des personnalités, des chansons connues — une traversée de Madagascar en musique, danse et théâtre. Cette année, on part encore, mais on va plus loin : un tour du monde, depuis une vieille gare comme celle-ci, avec des décors magnifiques, des costumes qui nous plongent au début des années 1800. L'histoire est celle d'un explorateur qui lance un pari audacieux depuis une mystérieuse taverne londonienne. C'est Anjara Saloma qui a écrit le scénario et qui assure toute la scénographie et les chorégraphies — avec le studio Stand'Ar. On a environ 25 intervenants : danseurs, chanteurs, guitaristes, violonistes, tout sonorisé avec des effets lumières. C'est une dizaine de tableaux, une heure et demie de spectacle. Et les musiques — c'est important — ce sont des chansons que tout le monde connaît. Pas du malgache, c'est cosmopolite. Les gens doivent reconnaître, taper des mains. C'est entraînant.

Pourquoi toujours le thème du voyage ?
Parce qu'on est dans une gare. C'est symbolique. Ce bâtiment a été construit au début du siècle — c'est un patrimoine de Madagascar, un lieu de vie, pas juste une salle de spectacle. On ne va pas faire un spectacle d'art moderne ici. Le voyage, c'est l'essence même de l'endroit. Et puis, le but, c'est de transporter les gens — leur faire vivre quelque chose d'extraordinaire le temps d'une soirée. Ce spectacle ne peut pas exister ailleurs. Si on le sort d'ici, il perd son âme. C'est le lieu qui fait le spectacle autant que les artistes.
Pourquoi avoir décidé de produire ce spectacle ?
Parce qu'ici, on fait travailler des talents pendant des mois de répétitions pour un seul soir de représentation. C'est pas normal. Ces gens-là ne peuvent pas vivre de leur art dans ces conditions. Quand Céline Dion joue à Las Vegas, elle fait dix ans de même spectacle. Le Moulin Rouge à Paris, c'est pareil. Moi, je voulais donner à nos artistes un an de salaire régulier. Un an de spectacle, c'est un an de revenus. Ça change tout.
Et justement — pourquoi le même numéro pendant toute une année ?
C'est ce qui étonne les gens ici, et ça m'amuse. Dans le monde entier, une revue, ça tourne. Ça dure. On ne prépare pas un spectacle pour une seule représentation. Nous, la salle fait 70 personnes maximum — c'est intime, c'est voulu. Avec une bouteille de champagne incluse dans le billet. Ce n'est pas un public de masse, c'est un public de qualité, qui sait ce qu'est un music hall. Et à la fin, la musique continue, tout le monde danse ensemble. C'est une soirée, pas juste un spectacle.
Propos recueillis par Solofo Ranaivo