Fako io : Que serait l’homme sans la nature ?
10 octobre 2018 - Cultures commentaires   //   215 Views   //   N°: 105

Et si montrer ce que nos « petits » gestes au quotidien, nocifs pour l’environnement, renvoient de nous était la meilleure façon de nous sensibiliser à changer ces comportements qui participent à la dégradation de la nature ? Telle est la démarche du réalisateur Fifaliana Nantenaina dans son documentaire « Fako io » (2017).

Telle est la démarche
Après sa sélection aux 12e Rencontres du film court (RFC) en avril 2017, le documentaire Fako io du réalisateur Fifaliana Nantenaina est dans la sélection du Festival Île courts de Maurice qui se déroulera du 9 au 13 octobre à Port-Louis. Le film s’ouvre avec la préparation d’un plat typiquement malgache, le fameux hen’omby sy anandrano (viande de zébu au cresson) que beaucoup affectionnent. Bout à bout, le réalisateur construit son histoire pour remonter jusqu’à l’origine de chacun des ingrédients, le cresson et la viande de zébu. L’effet est immédiat, au bout de dix minutes, le choc, puis le dégoût. Rien que de penser à ces eaux usées dans lesquelles prospèrent les cressons. Le plat n’a plus le même goût et c’est le début des questionnements.

« Pour nous, les Malgaches, être propre c’est juste déplacer les ordures hors de notre vue. Dès qu’on voit un trou, nous les mettons dedans et elles finissent dans nos rizières et nos cressonnières », dénonce le réalisateur. 

Pour appuyer son propos, le réalisateur mise sur l’essentiel, les images. Sans commentaire et avec le minimum de présence humaine, il enchaîne les plans fixes sur les plastiques qui bouchent les égouts, les cressonnières qui se nourrissent de ces eaux usées.

Pour accentuer l’effet, il utilise une musique festive et enjouée « synonyme de fête où tout le monde tombe dans l’ivresse », en contradiction avec les longues séquences et les gros plans sur les canaux d’évacuation, bouchés par les tas d’ordures nauséeux. Le film de Fifaliana Nantenaina se veut certes choc, mais informe en même temps et sensibilise à de nouveaux enjeux, locaux mais aussi globaux. Et dans ce tableau peu réjouissant, il fait entrevoir une lueur d’espoir à travers des petites actions individuelles qui mettent du baume au cœur.

Fako io est le troisième court-métrage du jeune réalisateur mais le deuxième à être sélectionné dans un festival à l’étranger. Son deuxième film, Anay ny lalana, un film poignant en noir et blanc qui raconte le combat quotidien d’un septuagénaire pour survivre en toute indépendance, a été sélectionné aux 10e RFC (2015), puis au Festival international de Clermont-Ferrand en France (2016). Le quatrième projet se prépare déjà dans les coulisses. On en sait déjà la couleur, il sera question de recyclage. Une fois de plus le rapport de l’homme à son environnement sera au cœur de ce nouveau film.

L’intérêt pour l’« autosuffisance » ou la débrouillardise est un héritage cher à Fifaliana Nantenaina. « Depuis mon enfance, mon père m’a appris à fabriquer des choses avec le peu qu’on a. » Cette valeur transparaît dans les œuvres des Nantenaina. Le film de son frère aîné, Lova Nantenaina, Ady gasy, en témoigne.

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