Ely Nomenjanahary : Sous haute dérision
18 juillet 2026 // Arts de la scène // 1800 vues // Nc : 198

Depuis quelques mois, Ely Nomenjanahary fait salle comble. D'Antananarivo à Antsirabe, son spectacle Maladie d'humour ne laisse personne indifférent — ni debout, d'ailleurs. Le standuper est très en vue, et ça ne risque pas de s'arrêter. Considéré comme un cas clinique, il est à la fois le créateur et le premier patient zéro d'un concept qu'il a lui-même breveté.

Ely Nomenjanahary est atteint d'une pathologie rare. C'est en plein cœur du quartier général de No Comment Magazine, à Ankorahotra, que le phénomène a débarqué — enfin, « débarqué » est un bien grand mot. Disons qu'il s'est égaré avec panache. Il entre en observant les locaux d'un air d'expert géomètre qui découvre une nouvelle espèce de plante. Le look ? Un combo short, tee-shirt et sandales qui crie week-end à Foulpointe. Mais sous cette dégaine de vacancier décontracté se cache un homme au visage d'un sérieux papal et à la voix de baryton. Il s'assied, redresse le buste avec la dignité d'un chef d'État en plein sommet international, tout en réajustant ses sandales. C'est là tout le piège. « Dans la vie, si je ne perds pas de l'argent, c'est moi en personne qui suis perdu », lâche-t-il sans ciller. Le ton est donné.

Quoi qu'il arrive, son cerveau transforme la moindre scène de vie en punchline. Les versets bibliques, les ordonnances des médecins, les galères des écoliers, les cœurs brisés, les portefeuilles fauchés — tout est disséqué.

La société le qualifie de sociologue, et on confirme le diagnostic. Sauf que lui ne prend pas de notes. Il tapote son index contre sa tempe avec un sourire mystérieux. Pas de carnet, pas de script : tout est stocké là-haut, dans une boîte noire cérébrale. « Le talent ? Tout le monde a le sens de l'humour, mon pote », glisse-t-il en mimant un micro invisible. « Mais le stand-up demande de l'intelligence et une sacrée technique. Faire rire, c'est injecter un message l'air de rien. »

Ce virus du rire, il l'inocule au public pour la première fois en 2021, lors d'une scène ouverte au CGM. Il lui a suffi de se présenter sobrement comme « le fils de ses parents » pour que les vétérans du milieu valident le phénomène. Direction le Be Tige Club, le temple de la nouvelle génération. L'année dernière, il monte aux côtés des monstres sacrés : Gothlieb et Francis Turbo. Baptême du feu réussi — le public, d'abord sagement assis comme à la messe, a fini plié en deux. Aujourd'hui, la contagion s'accélère. Son premier solo d'une heure au CGM : 500 personnes, guichet fermé. Après Tamatave, une grande tournée nationale se prépare — Majunga, Fianarantsoa, Tuléar, Manakara. Si vous croisez sa route, ne cherchez surtout pas de vaccin.

Tatiana Randriamanakajasoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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