Diorano Wash : « L’eau potable reste un produit de luxe »
4 août 2017 - Éco commentaires   //   518 Views   //   N°: 91

En 2012, Madagascar a été considéré comme le 4e pays le plus pauvre d’accès à l’eau potable. Aujourd’hui encore, 65 % de la population n’ont pas accès à l’eau potable. Jean Herivelo Rakotondrainibe, coordonnateur national de Diorano Wash, nous en dit plus sur cette entrave majeure au développement.

Jean Herivelo Rakotondrainibe
« Le mauvais accès à l’eau génère une perte de 201 milliards Ar par an… »

Les chiffres sur le taux d’accès à l’eau potable sont divergents, pourquoi ?
Les chiffres se diffèrent selon les partis pris. Selon un document officiel du Ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, le taux d’accès est de 58 % – pour montrer que Madagascar a quand même avancé depuis 2012. D’autres études montrent que le taux d’accès n’est que de 35 % – pour démontrer qu’il faut plus de projets et donc plus d’aide des bailleurs de fonds. Quoiqu’il en soit, l’eau potable reste un produit de luxe pour la majorité des Malgaches.

Quelles régions sont les plus concernées ?
Selon les données du Ministère de l’Eau, en 2015, le taux d’accès à l’eau potable est de 8,67 % pour la région Atsimo Atsinanana (sud-est) et 15,22 % pour Melaky. Les habitants ont recours aux eaux de source, aux cours d’eau ou encore aux eaux puisées dans des bornes-fontaines. Ils boivent aussi de l’eau trouble non traitée, au risque de contracter diverses maladies dont la diarrhée qui frappe surtout les enfants. Par ailleurs, les femmes doivent passer leur temps à parcourir des kilomètres pour trouver un point d’eau. Cela est anti-économique.

L’accès à l’eau potable figure-t-il parmi les priorités de l’État ?
En théorie, le secteur eau, assainissement et hygiène figure parmi les priorités dans le Programme national de développement. Toutefois, il y a une mauvaise gouvernance au niveau du Fonds national sur les ressources en eau. L’eau fait partie du patrimoine commun de la Nation et il est tout à fait possible d’en faire un produit de développement. Ce Fonds national provient des redevances que chaque investisseur doit payer en utilisant une ressource en eau. Ils sont taxés par mètre cube consommé. Cela peut-être par exemple le cas de la société minière Ambatovy qui doit déclarer annuellement sa consommation en eau. Malheureusement, cette affaire a été conduit devant le tribunal puisque le cadre légal du Fonds national en soit n’est pas clair. Le gouvernement doit revoir ce cadre légal dans les meilleurs délais.

Quels sont les apports économiques de l’eau ?
En parlant d’eau, on parle forcément d’assainissement. Selon les chiffres de la banque mondiale, la situation de mauvais accès à l’eau et à l’assainissement génère une perte annuelle de 201 milliards d’ariary. On voit bien le gain que le pays ferait en appliquant correctement la loi sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement.

Pourquoi tous ces projets ont-ils tant de mal à pérenniser leurs actions ?
Quand on met en place un projet, le principal acteur doit être la communauté. La commune doit tenir le rôle de maître d’ouvrage délégué. L’État doit appuyer et former la commune pour mener à bien ses missions. Or, dans la majorité des projets, ce n’est pas le cas. Il faudrait que les projets soient entièrement pilotés par la communauté pour qu’elle se sente concernée. Par ailleurs, les projets sont confinés dans le temps. Les habitants ont ce sentiment que les infrastructures appartiennent au projet. Du coup, après le projet, ils n’ont pas la conscience de devoir entretenir les réalisations qui dépérissent ensuite très vite.

Quand on parle d’insuffisance d’infrastructures en eau, on évoque toujours le Grand Sud…
Aujourd’hui, il ne faut plus parler de manque de ressources dans le Grand Sud. On peut par exemple utiliser le solaire pour faire le dessalement de l’eau salée, faire des forages pour produire des débits importants d’eau, réaliser des mini-adductions d’eau par pompage solaire. Ou encore faire de l’agriculture intensive en réalisant un transfert d’eau d’un bassin où la pluviométrie est très élevée et l’amener par pipeline dans la région.

Le ministère de l’Eau a été couplé à celui de l’Énergie. Pourquoi ?
La priorité de la Nation est de développer les énergies renouvelables pour faire venir les investisseurs privés. Or, l’eau est une énergie renouvelable.

En ce qui concerne le nouveau Code de l’eau ?
Prévue depuis 2013, la révision du Code de l’Eau de 1999 est toujours en cours. Plusieurs articles, notamment ceux stipulant les arrêtés sur les redevances à prélever sur les sociétés minières et l’amélioration de la gestion d’associations et d’usagers d’eau, doivent figurer dans le nouveau code. On y a aussi ajouté plusieurs articles sur l’hygiène et l’assainissement.

Quelles sont les projets de Diorano Wash pour restructurer le secteur ?
Diorano wash est une plate-forme de rencontre et d’échanges de nombreux acteurs du secteur. Nous continuerons à collecter et archiver les données afin de s’en servir pour établir une réflexion sur la situation de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement à Madagascar. Un secteur qu’il faut à tout prix revoir de fond en comble!

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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