Des hommes à la page
2 juillet 2014 - LifeStyle commentaires   //   1452 Views   //   N°: 54

Qu’ils l’aiment pour ce qu’il contient ou simplement pour ce qu’il est, tous deux ont fait du livre l’objet de leur passion. Dévorante pour le critique Pierre Maury, plus orientée business pour le bouquiniste d’Ambohijatovo. En voilà en tout cas qui peuvent se flatter d’être toujours à la page ! 

Jean-Luc Razafimahatratra : Les écrits restent
De vendeur de chaussures, Jean-Luc Razafimahatratra est devenu vendeur de livres au marché du même nom d’Ambohijatovo. Il tient l’un des 160 pavillons de cette ruche bourdonnante bien connue des bibliophiles de la capitale. En remuant le vieux papier, on y trouve de vrais trésors, comme ce Pléïade de 1972 avec sa couverture transparente intacte, le tout arraché à 5 000 Ar ! Inutile de se demander comment il a atterri ici, car c’est plutôt le problème de Jean-Luc Razafimahatratra. « Les livres, ça va ça vient. Par exemple à l’occasion d’un déménagement ou d’une liquidation, je me retrouve avec des centaines de livres que j’achète au kilo. Les moins chers sont revendus 1 000 Ar, mais certains peuvent atteindre 300 000 Ar, il faut avoir l’oeil. » Un métier qu’il exerce depuis 1995 et qui est devenu une véritable passion, même si au départ il ne se sentait aucune inclination pour la lecture. Des livres qu’il lui arrive de restaurer, car cela fait aussi partie de son métier. « Je les respecte encore plus depuis que je sais les restaurer. Comme on dit, les mots passent mais les écrits restent. » Sur son stand, toutes sortes de livres d’occasion, des magazines, des revues, des manuels scolaires. Mais sa spécialité à lui, ce sont les ouvrages qui parlent de l’histoire de Madagascar. « Je me suis constitué une clientèle fidèle en presque vingt ans. Aussi bien des professeurs que des étudiants. Et à force de parler histoire, je suis devenu incollable sur les dates. Pourtant, à l’école, je n’étais pas fameux… » 

Pierre Maury : Je lis comme je respire
Il se qualifie journaliste littéraire plutôt que critique, car « critique sonne bien trop universitaire et je suis loin de faire de l’analyse systématique ». Bref, lire est son métier, et lecteur boulimique puisqu’il reconnaît que 95 % de son emploi du temps est consacré à cet exercice et à l’écriture d’articles. Il lui arrive d’absorber 10 à 15 livres par semaine sans jamais friser l’overdose. Ayant fait peu d’études car « trop occupé à lire », il dit avoir presque tout appris par les livres « et un peu par les femmes aussi ». « Mon premier boulot fut bibliothécaire, puis libraire, éditeur… et j’ai enseigné la critique littéraire dans une école de journalisme en Belgique ». États de service, 31 ans au journal francophone belge Le Soir, mais également aux Nouvelles chez nous. « En papier, dans ma bibliothèque, j’ai entre 200 et 300 livres, mais dans mon ordinateur j’en ai 20 000. » Ouvrages au format numérique que lui envoient les éditeurs et qui lui permettent de faire son boulot à 10 000 km de distance. Arrivé Madagascar en 1997 pour un reportage sur les Jeux de la Francophonie, il a fini par y rester, bien aidé par le travail par Internet. « J’aime participer à la vie d’un journal de l’extérieur, j’ai refusé plus d’une fois de devenir chef de service culturel pour Le Soir. » L’oeuvre la plus rare qu’il ait possédée ? L’Avancée du corps, recueil de poèmes dont il est l’auteur : « Un galeriste à Bruxelles voulait l’éditer sous forme d’un livre à 100 exemplaires avec des lithographies de l’artiste yougoslave Vladimir VeličKovi. Les litho ont bien été tirées, le livre par contre ne s’est jamais fait . Il sera publié plus tard sans les fameuses illustrations que je possède tout de même chez moi à titre de vraies raretés… » 

Pierre Maury : pmalgachie@gmail.com – 032 28 001 94
Jean-Luc Razafimahatratra : 032 02 816 25  – 033 73 825 75

 

Pages réalisées par Aina Zo Raberanto et Joro Andrianasolo

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