Damily : « Une catastrophe pour la musique malgache »
14 novembre 2018 - Que sont-ils devenus ? commentaires   //   759 Views   //   N°: 106

En 2013 dans no comment® numéro 42, nous avions parlé de Damily, ce groupe de tsapiky qui fait fureur dans l’océan Indien et en Europe. Le 19 octobre dernier, le groupe a sorti « Valimbilo », un album qui vous mettra en transe.

« Valimbilo » en quelques mots ?
C’est un album de huit titres, un clin d’œil aux cérémonies de bilo. Le bilo est une maladie qui a besoin de musique pour la libérer du corps où elle habite. Donc, il faut lui en donner pendant plusieurs jours non-stop pour qu’elle en ait assez de nous! Et à la fin, le malade est afaky bilo (délivré) A mon époque, à Toliara, il y avait beaucoup de bilo mais je crois que ça s’est un peu perdu. On a joué des centaines d’heures pour des malades du bilo et c’est ainsi que j’ai appris à construire des morceaux, à faire monter la pression dans le public. Du coup, le bilo est devenu une philosophie musicale. C’est emmener le public dans ta musique qui monte crescendo et qui finit par te soulager.

C’est emmener le public dans ta musique qui monte crescendo et qui finit par te soulager. C’est ma culture et c’est comme ça que je construits tous mes morceaux…

Du tsapiky pur et dur…
La spécificité de cet album est qu’il a été enregistré en analogique. La saturation que j’ai est naturelle, je ne mets aucun effet dessus pour rendre les sons meilleurs. Pas d’effets, pas de numérique. Pour la guitare électrique, j’ai mon propre système son, un ampli à lampes des années 60 branché en direct sur des pavillons. C’est ça le son qu’on entendait partout au temps du Toliara tsy miroro (Tuléar qui ne dort jamais.) Chaque groupe utilisait ce système et c’est aussi ce qui donnait son style à cette musique. Moi j’ai gardé ça, parce que le grain que donne la saturation fait partie de mon jeu de guitare, j’ai besoin de rifs qui attaquent. Le son fait penser à de l’électro/rock mais on est vraiment dans du tsapiky pur et dur.

Vous résidez en France depuis une vingtaine d’années mais vous avez votre propre avis sur la musique malgache actuelle…
Elle ressemble à des musiciens qui ne savent plus trop comment faire pour vivre de leur musique. A mon époque, à Madagascar, on gagnait très mal notre vie, mais on mangeait quand même à peu près tous les jours, et surtout on était sans arrêt en cérémonie ou en concert. On ne vivait vraiment que pour la musique. Je ne sais pas pour les autres régions, mais à Toliara il n’y a plus beaucoup d’occasions de jouer pour les musiciens, à cause du manque de financement. Il faut avoir une confiance très solide en soi pour faire de la musique qui nous plaît, sans s’occuper à faire de la musique qui marche… Je trouve que les musiciens malgaches sont un peu perdus, entre les traditions et la modernité, la culture locale et la mondialisation, la misère et les espoirs de succès… Ce n’est pas facile à gérer et ça donne des choix artistiques qui sont un peu n’importe quoi, parfois. Une sorte de « variétisation » de toutes les musiques malgaches. Je pense que les clips vidéo ont fait des dégâts énormes. Cette possibilité de se montrer sans avoir rien d’intéressant à proposer musicalement, est une catastrophe pour la musique malgache. Mais il n’y a pas que Madagascar qui a ce problème !

Quels sont vos projets ?
A très court terme, quelques concerts en Europe et en Suisse à partir de ce mois de novembre. Je vais aussi revenir à Toliara pour voir la famille et faire un mandry ampototsy (retournement des morts) parce que cala me manque. Sinon, on fera une tournée pour le printemps 2019 en Europe. En tout cas, je vais continuer à me battre pour exister parce que ce n’est pas facile du tout, contrairement à ce qu’on pourrait croire…

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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