Dadah : Placeur parking
10 mars 2012 - Métiers commentaires   //   929 Views   //   N°: 26

Dadah est un gardien de parking tout ce qu’il y a de plus informel. Dès 17 heures, c’est lui qui prend le relais des employés communaux pour surveiller les véhicules en stationnement. Ne percevant aucun salaire, il ne compte que sur les pourboires pour s’en sortir, avec en prime un service « car wash » à l’huile de coude.

Ils sont présents tous les jours au parking payant qui fait face au Roxy d’Antananinarenina. L’un est le garant de votre sécurité, l’autre vous aide à trouver la petite place qui vous évitera de faire du sur place avec votre véhicule (et au prix du carburant, ce n’est pas si négligeable). Eux, ce sont les gars du parking : François Rakotonirina, 42 ans, dit Dadah, et Herizo Michael Rabenahy, 23 ans. En tant que gardien officiel, c’est Herizo le responsable du parking. Un métier qu’il exerce depuis des années, même s’il n’est affecté à la Haute Ville que depuis peu. « J’ai commencé à l’esplanade d’Analakely, je ne suis ici que depuis un an », commente-t-il. Son rôle : relever les heures d’entrées et de sorties des 70, voire 100 véhicules que peut contenir le parking, ouvert tous les jours de 6 heures à 18 heures. « Chaque ticket remis à l’entrée est valable une heure, quel que soit le type du véhicule, et bien sûr tout stationnement excédentaire est à devoir », explique-t-il. Pour ce travail, Herizo reçoit 163 000 ariary par mois de la commune, son employeur.

Comparé à Dadah, c’est un privilégié. Car Dadah ne dépend d’aucune administration et n’a aucun salaire à espérer en fin de mois. Il est juste un gardien informel. « Quand les employés communaux ont terminé leur service et que les tickets n’ont plus cours, c’est-à-dire à partir de 17 heures, on prend le relais », explique-t-il. Jusqu’aux environs de 20 heures, il va surveiller les dernières voitures encore stationnées, histoire d’éviter les mauvaises surprises du style portière fracturée ou réservoir siphonné. C’est un job qu’il pratique depuis bientôt trente ans et qui suffit tout juste à faire bouillir sa marmite. Ils sont une trentaine comme lui au parking du Roxy à proposer ce genre de service, souvent assorti d’un lavage de carrosserie pour améliorer le pourboire. N’ayant aucune rémunération fixe, il ne peut compter que sur la générosité de ses clients. « Depuis le temps qu’on fait ce job, on aimerait que notre travail soit reconnu, car au fond c’est aussi dur que ce que font les gars de la commune, voire plus », estime Dadah.

Le « guichet » où il entrepose ses affaires lui sert de bureau. Autant dire qu’ils travaillent dans la rue. Malgré ces conditions difficiles, il estime accomplir sa tâche avec conviction et loyauté, contrairement à d’autres qui peuvent « faciliter » les vols en fermant les yeux quand il le faut. « Les casseurs savent qu’ici c’est surveillé et qu’on n’hésite pas à intervenir », lance Dadah, sourire bravache. Et si encore il était payé en sourire par les usagers, à défaut de pourboires ! Mais pas du tout, bien souvent il n’a droit qu’à une oeillade courroucée ou à des propos désobligeants. « C’est sur nous qu’ils passent leur mauvaise humeur », soupire Dadah en haussant les épaules. Son pire cauchemar ? Une ville comme Paris avec ses parcmètres automatiques à tous les coins de rue. « J’ai vu ça à la télé, ça m’a fait froid dans le dos… »

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