Coloré et authentique, c’est le batik
28 novembre 2013 - Déco commentaires   //   2468 Views

n°46

Art de patience et de minutie, le batik – mot javanais signifiant « point » – est une technique d’impression sur tissu que François utilise depuis plus quinze ans dans son atelier d’Antsirabe. Une façon originale d’exalter encore plus les couleurs malgaches.

Assis sur un tabouret de son atelier, le pinceau fraîchement trempé dans le pot de teinture, François commence à s’activer sur l’étoffe qui lui servira de toile. Pour cela, il lui suffit juste de couleurs et de cire fondue. Il compte parmi les rares artisans d’Antsirabe à travailler le batik, cette forme de peinture sur textile qu’on associe

traditionnellement à l’Indonésie : le batik de l’île de Java est inscrit depuis 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. En réalité, cette technique d’impression se retrouve dans toute l’Asie et sur l’ensemble du continent africain, sans qu’on puisse dire qui en est l’inventeur. Des découvertes historiques ont montré que la technique du batik existait déjà en Égypte aux IVe ou Ve siècle avant notre ère !

Une tradition textile plus que millénaire, mais qui remonte en ce qui concerne François à une quinzaine d’années, du temps où il était encore lycéen. « C’est mon frère aîné qui m’a initié à cette technique d’impression et dont il avait son gagne-pain. J’étais fasciné par ce qu’il parvenait à réaliser à partir d’une simple toile blanche… » Le principe est relativement simple, mais demande en pratique un sérieux coup de main : il s’agit d’appliquer de la cire fondue sur les parties de la toile qui ne doivent pas être teintes. Un travail long et précis puisqu’après chaque application de teinture, la toile est mise à sécher plusieurs heures. « L’opération est répétée pour chaque teinte en commençant par la plus claire », précise François. Au final on obtient un tissu où se mêlent différents tons ou contrastes juxtaposés ou superposés, formant toutes sortes de motifs.

Après le bac, François choisit de délaisser le batik pour poursuivre des études de comptabilité à l’Université de Tana. Mais à la sortie, il se retrouve confronté à la dure réalité du chômage et a donc l’idée de reprendre la teinture sur toile, avec juste un peu d’argent pour acheter les matières premières nécessaires. Une quinzaine d’années se sont écoulées, François s’est marié, a fondé une famille et est toujours dans le batik, son activité principale. Il possède son propre atelier doublé d’un showroom sur la route du lac Andraikiba. Passionné, il s’attarde souvent à expliquer à ses visiteurs la subtilité du batik. D’autant que sa technique est totalement artisanale, rien à voir avec la fabrication industrielle qui a cours en Europe, par exemple.

Un batik réalisé entièrement à la main est une œuvre d’art, l’artisan y met forcément beaucoup de sa personnalité, ne serait-ce que dans le choix des couleurs et des motifs. Les scènes de vie et les paysages authentiquement malgaches sont les motifs qui inspirent le plus François. Ses créations sont vendues entre 2 000 et 90 000 ariary, selon les proportions du tissu et la complexité des teintures et des motifs. Aujourd’hui comme à ses débuts, François approvisionne en gros les marchés de Behoririka, Pochard ou encore de la Digue en plus des boutiques d’arts malgaches d’Antsirabe. « Je suis toujours sidéré de les retrouver cinq fois plus chers dans les boutiques », confie-t-il. Pas le prix d’un tableau de maître, mais presque…

Henintsoa Mampionona

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