À Madagascar, malgré l'avènement du web et la démocratisation de la télévision, la radio demeure le média le plus prisé. Dans les zones enclavées où l'électricité reste inaccessible et la fréquence télé capricieuse, la radio, elle, est toujours là. C'est pour préserver et revaloriser ce média à forte influence que la Coalition des Radios a été créée il y a douze ans.

Plus de cent membres — propriétaires de chaînes, techniciens, stations d'État, radios privées et confessionnelles — de toutes les régions de Madagascar. La Coalition des Radios est née grâce à la méthode Common Ground, portée par l'organisation internationale Search for Common Ground, avec une ambition claire — unir des acteurs d'horizons très divers autour de valeurs communes. « Les opinions et les confessions religieuses peuvent nous disperser, mais nous cherchons toujours le même point de vue — les droits de l'homme, la paix et la sécurité dans l'assiette, le travail et la dignité », explique Mbolatiana Raveloharimisa, Directrice Exécutive de la Coalition. Sur des sujets sensibles comme la santé sexuelle ou la cohésion sociale, la Coalition permet d'adopter une ligne éditoriale commune, neutre et constructive, sans dogmatisme — un exercice délicat dans un paysage médiatique souvent fragmenté.
Derrière la chaleur de la voix de l'animateur se cache un quotidien souvent précaire. « En province, la même personne doit souvent être à la fois journaliste, technicienne, comptable, animatrice et réparatrice d'urgence », reconnaît la directrice.
Les équipements sont vétustes, les délestages répétés plombent les grilles de programmation, et la radio reste trop souvent perçue comme un simple canal de diffusion plutôt que comme un partenaire stratégique — même quand elle sauve la mise aux services publics dans les zones isolées. La Coalition répond à cela par un garage solidaire de pièces détachées — « 75% des radios subissent des problèmes de matériel » — et un plaidoyer pour une franchise douanière sur les équipements importés.
La transmission des savoir-faire est l'autre grand chantier. Former les jeunes générations aux métiers rares — écriture de pièces radiophoniques, les fameux tantara, gestion des fonds sonores, technique audio — est une priorité. La Coalition met aussi en place des clubs d'écoute en région pour sensibiliser sur des enjeux locaux majeurs, notamment les droits des jeunes pêcheuses face au changement climatique. Côté financement, les cotisations annuelles sont fixées à 100 000 ariary par membre, complétées par des financements sur projets. Modeste, mais suffisant pour avancer. Face à la montée des webradios et des plateformes de streaming audio, la Coalition accompagne la transition numérique sans abandonner l'antenne traditionnelle. Qu'il passe par une vieille antenne sur un toit ou par un flux web, le signal reste vivant.
Tatiana Randriamanakajasoa