C’était il y a cent ans… en septembre 1912
13 septembre 2012 - Tsiahy commentaires   //   1196 Views   //   N°: 32

Elles sont admirables, les colonies vues par la presse parisienne : « Le 30 septembre, il y aura seize ans que le glorieux drapeau de Tunisie, du Tonkin, du Dahomey, du Soudan aura flotté pour la première fois sur les hauteurs de Tananarive. » Sully Brunet, dans Le Siècle, énumère les prodigieuses réalisations de la France à Madagascar, les rues « désormais bien alignées et propres, les confortables maisons du fonctionnaire, du négociant, de l’industriel, de l’agriculteur. » Il ne précise pas, mais ses lecteurs l’auront fait pour lui, qu’il parle là des lieux d’habitation des colons et 

non de la population locale, dont l’existence semble très secondaire, sinon sous un angle où le paternalisme se marie avec les intérêts français : « Le travail de l’autochtone a été protégé et encouragé. L’indigène a trouvé, chez le blanc, un conseiller et un ami. »

Bref, tout irait bien si Madagascar avait encore à sa tête « un grand organisateur comme Gallieni » ou « un chef comme Augagneur ». Mais, sous la direction de « l’honorable M. Picquié », rien ne va plus. « Madagascar ne se sent plus gouverné. Le colon, ne se voyant plus protégé, est sorti de son habituelle réserve. » Peut-être pourrait-on, suggère Sully Brunet, raffermir l’autorité du gouverneur en profitant « du glorieux anniversaire de la prise de Tananarive pour faire droit aux revendications de la population française de Madagascar ».

Un territoire de plus en plus vaste Mais M. Picquié est loin de la capitale. Il est arrivé à Farafangana le 31 août, accueilli par « plus de 10 000 indigènes » groupés sur la plage. Le dimanche 1er septembre, la matinée a été consacrée aux visites individuelles et à la réception de la population. Le soir, vin d’honneur offert par les colons de Farafangana qui en ont profité pour exposer leurs souhaits. La plupart ont déjà reçu un commencement d’exécution, a répondu le gouverneur général qui est reparti le 3, poursuivant sa tournée vers Vangaindrano et Midongy. Il a traversé les provinces de Betroka et de Tuléar, où il est arrivé le 28 pour embarquer et regagner Tananarive par la côte est.

C’est que le territoire qu’il administre est vaste. Et encore davantage depuis le 14 septembre, date à laquelle le Journal officiel de Madagascar et dépendances publie l’arrêté du 6 septembre promulguant dans la colonie la loi du 25 juillet, déclarant les îles d’Anjouan, de Mohéli et de la Grande-Comores colonies françaises et rattachant ces îles, ainsi que celle de Mayotte et leurs dépendances au gouvernement général de Madagascar.

Divertissements en tous genres Sacha Guitry est à l’honneur à la Société Philharmonique dans la soirée du samedi 7. Une de ses comédies y est interprétée : Jean III ou L’irrésistible vocation du fils Mondoucet. La tenue de soirée est requise à cette manifestation prolongée par un bal. Le public aura apprécié, parmi les actrices et acteurs, la grâce et la délicatesse de Madame Lacaille, le chic et l’aisance de M. Grandjean, le talent et la vérité de Madame Granderye, le naturel de M. Camo, etc., avant le lever de baguette de M. Lacaille, chef d’orchestre de la Philharmonique, pour une ouverture au rythme de la valse et des tourbillons, jusqu’à l’aube. 

Le lendemain, le Cinéma Franco-Malgache donne son spectacle en matinée, pour répondre à la demande de nombreux spectateurs. Et, la semaine suivante, le beau monde de Tananarive se retrouve aux courses de chevaux, avec trois épreuves au programme et l’organisation d’un pari mutuel. Malheureusement, les festivités ont été gâchées par un incident survenu dans la deuxième course et sévèrement jugé par les commissaires. Après quoi les spectateurs ont perdu toute confiance dans les paris, et certains ont même menacé la Société des Courses de violentes représailles. Ils se seront peut-être consolés à l’Hôtel Métropole qui organisait ensuite un apéritif-concert, un dîner de gala et une sauterie…

Les cérémonies de mariage sont aussi scrutées avec intérêt dans la capitale. D’un samedi à l’autre, ce sont d’abord Paul Augustin Dreyer, administrateur adjoint des Colonies, qui convole avec Mademoiselle Razafindrafara. Puis Jules Chaumeny, Directeur du Syndicat Lyonnais de Madagascar, avec Claire Françoise Marmier, fille du greffier en chef de la Cour d’Appel (« la Colonie européenne presque au grand complet » était rassemblée dans la nef de la Cathédrale d’Andohalo, note Le Progrès de Madagascar), et Justin Émile Hêche, bijoutier place Colbert, avec Marie Gelly, épouse divorcée de Michel Courtadon. 

Par #PierreMaury 

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