C’était il y a cent ans… en novembre 1912
4 novembre 2012 - Tsiahy commentaires   //   1305 Views   //   N°: 34

Le dimanche 24 novembre, un cyclone frappe le nord de Madagascar. Le paquebot Salazie, de la Compagnie maritime, a quitté Diégo-Suarez la veille en direction de Tamatave. Frappé par la tempête, désemparé, il s’échoue dans l’après-midi sur le banc de corail de « l’île » Nosy Ankomba, au nord de Vohémar. (Les lecteurs de la presse en français ignorent le pléonasme bilingue.) Les passagers, sains et saufs, devront camper sur l’îlot pendant trois jours avant d’être rapatriés par l’Eugène Grosos, de la Compagnie havraise péninsulaire. Si on ne déplore qu’une victime dans le naufrage, un lieutenant, la région est dévastée.

Un témoignage

Quelques semaines plus tard, L’Illustration publie un témoignage de M. Henri Cognié, installé à Diégo- Suarez. « Ce fut le dimanche 24 novembre que se déchaîna le cyclone. Pendant la moitié de la nuit il fit rage. Les frêles baraques de bois et de tôle qui constituent là-bas la plupart des habitations furent, en un clin d’oeil, découvertes, renversées, broyées, comme paille.

Les maisons même plus solidement construites, les bâtiments administratifs, ne furent pas épargnés non plus. Les habitants, blottis dans les abris les plus invraisemblables, passèrent d’effroyables heures, attendant d’un moment à l’autre la catastrophe suprême.

Quand, enfin, vers minuit, le vent diminuant de violence, les plus vaillants se hasardèrent, sous la pluie torrentielle, à sortir de leurs gîtes, quels désastres ne constatèrentils pas : pour la plupart, leur pauvre bien anéanti, la maisonnette péniblement édifiée, les meubles, tout perdu ; c’était la ruine totale. Le jour levant éclaira les plus tragiques scènes. »

Les dégâts sont spectaculaires et les pertes humaines difficiles à chiffrer. Dans le seul village d’Antetezana, 120 indigènes ont été emportés par une crue subite du Betsokotra. Les secours s’organisent mais les communications sont coupées, ce qui rend la tâche difficile et les informations sont encore incomplètes. Il faudra du temps pour établir un bilan.

Le R. P. Élie Colin, directeur de l’observatoire astronomique de Tananarive, a étudié le phénomène en météorologiste. Il déplore le manque de stations d’observation qui auraient pu fournir des précisions sur la trajectoire et la puissance du cyclone. Celui-ci atteint Nosy-Be le lundi 25, vers 1 heure du matin. Le soir, il s’est rapproché à 130 kilomètres de Mayotte. Le phénomène, survenu à une époque où les cyclones sont peu fréquents à Madagascar, était en tout cas d’une grande puissance.

Pourtant, la vie continue

La vie ne s’est pourtant pas arrêtée partout, et surtout pas dans la capitale. Un accident de motocyclette entre un commerçant malgache et un employé de la Cie Lyonnaise fraîchement arrivé dans l’île s’est produit rue Romain Desfossés. Plus de peur que de mal. Mais Le Progrès de Madagascar met en garde : les motocyclistes atteignent en ville des allures parfois vertigineuses, il serait temps de réglementer leur circulation. Cet accident en offre l’occasion.

Le même journal, qui ne manque pas une occasion de dénoncer les manques de l’administration coloniale, signale une recrudescence des maladies dues à la qualité d’une eau de ville qui n’aurait de potable que le nom. « Avec les grandes chaleurs une épidémie serait à craindre. » Aux perspectives d’exploitation du sous-sol évoquées le mois dernier, il faut ajouter la découverte de fragments de platine dans la province de Farafangana. On connaissait la présence de platine à Madagascar, mais en quantités infimes.

Ceci pourrait modifier les données. Au-dessus du niveau du sol, c’est au moins aussi intéressant pour les botanistes. H. Jumelle et H. Perrier de la Bâthie publient, dans la Revue générale de botanique, un article consacré aux baobabs du Sud-Ouest. Accompagnée de planches photographiques, leur étude distingue sept espèces de baobabs dans l’île. Un recensement de la population bovine a été effectué grâce à la taxe spéciale qui la frappe. On compte 4 620 000 têtes dans l’île.

La Quinzaine coloniale estime cependant qu’un certain nombre d’animaux échappent à la taxe, suffisamment pour porter la population totale à 6 millions de bovins. Et, puisque la vie continue, les petites dentellières d’Ambohipo travaillent avec leurs fuseaux… Soeur Joseph de la Sainte-Face écrit aux Missions catholiques pour décrire le quotidien à l’école normale de catéchistes d’Ambohipo. Riz et brèdes à tous les repas. Les dons de généreux lecteurs seraient les bienvenus.

Par Pierre Maury

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer