C’était il y a cent ans… en juin 1912
4 juin 2012 - Tsiahy commentaires   //   1005 Views   //   N°: 29

La population de Madagascar a été recensée, les chiffres sont maintenant connus : Indigènes, 3 072 381 ; Africains, 14 717 ; Français, 9 919 ; Asiatiques, 5 663 ; Européens de nationalités étrangères, 2 201 ; soit 3 104 881 habitants. Ils peuplent surtout la province de Tananarive (496 000 habitants), de Fianarantsoa (278 000), de Farafangana (262 000) et de Fort-Dauphin (223 000). 

Henri Cosnier, député de l’Indre, se penche, de loin mais avec attention, sur les communications à Madagascar. Selon lui, le chemin de fer constitue souvent le meilleur choix : « les frais de construction et d’entretien sont, proportionnellement aux services rendus, infiniment moins considérables. » Il n’entend pas pour autant négliger les routes et pense qu’elles pourraient être améliorées. Vers l’ouest, les ponts sont trop fragiles pour supporter le passage des camions Berlier. Vers le sud, l’entretien manque.

Vers l’est, le chemin de fer a mobilisé toutes les forces et la route est délaissée. Et on ne parle pas, déplore-t-il, d’une route dont l’exécution s’impose : celle qui, au nord, relierait transversalement Vohémar à Nossi-Bé. On perd du temps, écrit-il.

Néanmoins, il est fortement question d’engager les travaux du chemin de fer entre Tananarive et Antsirabe, dans un bassin économique important qui devrait bénéficier de la ligne pour accélérer son développement.

Les détournements d’un douanier
G. Pierdon, commis principal des Douanes, avait la confiance et la sympathie de tous à Tamatave. Aimable, serviable, il avait intégré la haute société locale. Mais, sous son aspect séduisant, il dissimulait des pratiques peu respectables qui ont été dévoilées. Utilisant son poste au mieux de ses propres intérêts, il a détourné plus de 40 000 francs qui lui ont valu de faire face, les 10 et 11 juin, à 150 chefs d’accusation au Palais de Justice de Tamatave. Et d’être condamné à quatre ans de prison, 5 000 francs d’amende et à la restitution des sommes détournées au préjudice de la colonie, qui s’était portée partie civile.

Sa personnalité est peut-être éclairée par une note du Chef de service des Douanes, M. de Rocca-Serra, datée d’août 1911 et dévoilée lors du procès : « Je l’avais d’ailleurs noté comme un fonctionnaire superficiel et frivole, en qui j’avais une confiance limitée. Je reconnais toutefois que Pierdon, très sympathique comme homme, était un excellent agent, intelligent et très assidu à son service. » De quoi se demander qui il était vraiment…

Des livres un peu partout
Réuni le 28 juin, le Comice agricole fait face à une polémique. Deux dames ont exprimé par courrier la volonté de s’inscrire sur la liste électorale. Leur candidature, d’abord refusée parce qu’elles appartiennent au sexe faible, a été en revanche autorisée par le Gouverneur général, puis à nouveau rejetée lors de la dernière séance. L’affaire ne semble pas devoir se terminer de sitôt. Plus aisément, le Comice agricole a décidé de faire bon usage de la subvention encaissée pour 1912 : elle sera consacrée à l’achat d’une encyclopédie agricole et d’autres ouvrages spécialisés, dont la collection sera augmentée au fur et à mesure des disponibilités.

À propos de livres encore, la veille, à l’Académie malgache, le bibliothécaire a eu un geste spectaculaire. Il a posé sur le bureau dix-sept volumes de l’Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar, par Grandidier. Ces volumes viennent d’être reliés et les suivants le seront dès que l’on aura pu se procurer les planches qui manquent. Par ailleurs, la catégorie de membre honoraire venant d’être créée, le premier d’entre eux est nommé à l’unanimité : le général Gallieni.

Livres toujours, à destination des étudiants en médecine et des élèves sages-femmes, avec l’attribution d’un crédit annuel de 1 000 francs destiné à alimenter le fonds de la bibliothèque de l’École de Médecine de Tananarive. « Cette innovation », écrit La Quinzaine coloniale, « permettra aux élèves d’user d’initiative, de perfectionner, en dehors des cours, leur instruction professionnelle, en un mot, de développer constamment leur “culture”. »

Puisque ce mois semble être dédié à la littérature, fût-elle scientifique, signalons enfin la parution d’un Guide pratique du prospecteur à Madagascar, que l’on doit à D. Levat, ingénieur civil des Mines et membre du Conseil supérieur des Colonies. En 132 pages et 38 figures, il condense « les conseils que sa longue expérience des gisements d’or, alluvionnaires et filoniens, lui a suggérés. » 

Par #PierreMaury 

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