C’était il y a cent ans… en juillet 1912
6 juillet 2012 - Tsiahy commentaires   //   1095 Views   //   N°: 30

Le 14 juillet, jour de Fête nationale, un dimanche cette année, a été célébré à Tananarive dès la veille. La mairie a distribué du riz, des couvertures et des pièces d’étoffe aux pauvres. La place Colbert, la gare, la Résidence et le square d’Ambohijatovo étaient illuminés. Un ballon dirigeable avec hélice mobile était exposé à Ambohijatovo, que le public a admiré avant de rejoindre la place Colbert pour le concert qui y était donné. Le dimanche s’est déroulée la traditionnelle revue, avant que les habitants se groupent sur la place de Mahamasina au milieu des marchands de riz, de viande et de  

fruits en attendant le feu d’artifice. Auquel manquait, malheureusement, le bouquet final que tous espéraient.

À Majunga, la Fête nationale a été endeuillée suite à une discussion arrosée entre deux Européens de nationalité grecque, Miaoulis et Passilacos. Les paroles sont devenues de plus en plus dures, les interlocuteurs se sont battus et Passilacos a fini par sortir un couteau avec lequel il a tué son adversaire.

À Paris, la reine Ranavalo, comme l’appelle Le Temps, a assisté à la revue dans les tribunes de Longchamp, côtoyant, au premier rang, les édiles roumains et les fonctionnaires marocains « dans leur pittoresque costume ». Elle était arrivée gare de Lyon dans la soirée du 11 juillet. Avec elle, un secrétaire et une femme de chambre. Installée dans un hôtel des environs de la Madeleine, Ranavalo y séjournera jusqu’à la fin du mois, avant de se rendre à Dieppe au mois d’août.

Fait divers et manque de médicaments
Un crime horrible a été commis à Sainte-Marie. Dans la nuit du 12 au 13, un gardien de nuit de l’établissement Flacourt a été assailli par des maraudeurs. Un coup de sabre lui a été porté par derrière avec une telle violence que la lame a pénétré dans la région des reins et est ressortie près du nombril. Le malheureux a eu aussi le crâne fracassé par un objet contondant. On était à la veille d’une paie et les caisses de l’établissement Flacourt étaient bien garnies. Le vol était donc probablement le mobile de cette attaque.

À Tsiroanomadidy, les médicaments manquent, et les malades meurent faute de soins. Un colon se plaint de l’arrêt du travail dans son toby suite à une épidémie de pneumonie. Il se demande où passe l’argent de l’assistance médicale pour ce poste administratif. Les indigènes paient individuellement trois francs de taxe pour la caisse d’assistance. Mais, sur les 9 138 francs du budget ainsi approvisionné, seuls 2 648 sont dépensés, la plus grande partie pour les émoluments des docteurs, infirmiers, aides, etc. Il ne reste, pour les médicaments, que 648 francs qui suffisent à peine au tiers des besoins. Le signataire d’une lettre ouverte au Gouverneur général réclame un meilleur usage des fonds, pour un fonctionnement plus harmonieux de la colonie.

Le Journal de Tamatave se réjouit de la disposition naturelle qui a semé, à l’intérieur des terres, parallèlement à la côte, le chapelet de lagunes qui, reliées les unes aux autres, « constitueront un des plus beaux moyens de communication qui existent. » La logique voudrait que le canal des Pangalanes arrive jusqu’à Tamatave. Mais la Compagnie des Messageries Françaises s’y oppose et le projet aboutit à 8 ou 10 kilomètres de la ville. « Mais enfin elle n’est pas éternelle cette néfaste compagnie ; elle finira bien par disparaître. Et, en admettant même que ses revendications soient justifiées pour le moment, elle ne pourra pas les soutenir indéfiniment. »

Le Gouverneur général contre Le Progrès de Madagascar
Le Siècle, à Paris, relate dans son édition du 17 juillet un incident regrettable qui traduit « chez la haute administration locale un état d’esprit quelque peu inquiétant. » Las des critiques que Le Progrès de Madagascar publie contre lui à jet continu, le Gouverneur général M. Albert Picquié a porté plainte contre le directeur du journal, M. Domec. Georges Boussenot, dans Le Siècle, défend son confrère : « La liberté de la presse, même à Madagascar, ne doit pas être un vain mot et les hauts fonctionnaires ne peuvent pas plus s’indigner d’être critiqués pour certaines de leurs oeuvres qu’ils ne peuvent empêcher qu’on les loue pour d’autres. En l’espèce qui nous occupe, M. Albert Picquié […] aura été mal conseillé. »

Malgré ce malaise, de nouveaux colons potentiels sont invités à se renseigner sur la possibilité de s’installer à Madagascar. Pendant tout le mois de juillet, M. Carle, chef du service de la colonisation à Tananarive, tient dans ce but une permanence les mercredis, de dix heures à midi, à l’Office colonial. 

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer