C’était il y a cent ans… en décembre 1912
30 décembre 2012 - Tsiahy commentaires   //   1168 Views   //   N°: 35

Le cyclone qui a frappé le nord de Madagascar le mois dernier suscite des gestes de solidarité. L’Estudiantina Tananarivienne annonce que les recettes de la soirée qu’elle organise le samedi 14 décembre au Théâtre municipal seront versées au profit des sinistrés. La pluie a failli gâcher la soirée, le public étant encore très clairsemé à l’ouverture de la salle. Une éclaircie a permis ensuite à ceux qui avaient réservé des places d’arriver nombreux. Le jeudi 19, au même endroit, un groupe de jeunes Malgaches donne, pour la même cause, une grande fête de bienfaisance. Et la Chambre Consultative a ouvert une souscription en faveur des victimes. 

Une caisse des prêts agricoles
La réunion du Comice agricole, le 6, a évoqué le cas des entreprises agricoles qui, faute de moyens pour se relever des dégâts provoqués par un tel cataclysme, sont abandonnées par des colons qui vont ensuite tenter leur chance ailleurs. Le remède pourrait être la création d’une caisse des prêts agricoles, projet déjà évoqué mais jusqu’à présent non concrétisé. En même temps qu’il relance l’idée, le Comice prélève sur sa caisse, malheureusement peu garnie, la somme de 500 francs qu’il envoie aux Comices de Diégo et de Nosy-Be, « pour être distribués par leurs soins aux agriculteurs ayant le plus besoin de secours immédiat. La modicité de la somme envoyée doit la faire considérer comme une simple indication de notre profonde sympathie pour nos amis atteints. » D’un commerçant grec à un autre, un établissement réputé de Tananarive change de mains. M. Constantin Cotsoyannis, établi dans la capitale depuis 1896, cède son magasin à M. Stillianéas et se prépare à regagner la Grèce avec son épouse pour y jouir d’un repos bien mérité. Le nouveau propriétaire fait savoir que le magasin va être réorganisé de fond en comble.

Déforestation
M. G. Carle, chef du service de colonisation à Madagascar, reprend dans Le Progrès de Madagascar un article sur La destruction de la forêt malgache précédemment publié dans La Dépêche coloniale. Le ton est alarmiste : « Il y a péril en la demeure, la forêt malgache disparaît dans des proportions très inquiétantes, sous l’effet de la hache, du feu de l’indigène et des exploitations abusives commises tant par les concessionnaires européens que par les indigènes. » Le tavy est une des causes de la destruction et cette pratique traditionnelle ne peut être interdite brusquement : « on s’expose à des résistances et en plus de cela à créer des famines qu’il faut éviter à tout prix ». Sa disparition « ne pourra être considérée comme définitive qu’autant qu’elle sera suivie de la création effective de rizières irriguées permettant à l’indigène d’obtenir une production au moins équivalente à celle que lui assurait son ancien procédé. » L’auteur de cet article vient d’être distingué par la Fondation Lucien de Reinach qui lui a attribué une médaille d’or.
Un accident d’auto s’est produit le 20 décembre à l’entrée de Maevatanana. Le véhicule venant de Tananarive était « lancé à une vitesse presque vertigineuse » et est tombé dans un gouffre aux abords d’un pont. « Les passagers, ahuris, se virent, en l’espace rapide d’un éclair, étendus au milieu des débris informes de l’énorme machine roulante dont le moteur avait été heureusement arraché de la voiture, et projeté à une certaine distance, par suite de la violence du choc. Par miracle, personne ne fut tué mais quelques-uns des voyageurs furent assez grièvement blessés et tous, sérieusement contusionnés. » L’enquête a révélé que le chauffeur avait confié le volant à son second, qui ne savait pas conduire…

Un gouverneur général contesté
Le gouverneur général, M. Picquié, ne fait pas l’unanimité. « J’entends faire à Madagascar une oeuvre vraiment personnelle », avait-il affirmé avant son départ. Georges Boussenot, dans Le Siècle, commente : « C’était là assurément une intention des plus louables. Mais encore aurait-il fallu que celui qui la nourrissait ne se soit point attaché à prendre, pour mener à bien la tâche qu’il s’était assignée, le contrepied de ce qu’avait fait, ou tenté de faire, son prédécesseur. Et c’est précisément là l’écueil sur lequel M. Picquié semble avoir donné aujourd’hui. » Certains l’apprécient. Le Temps, rapportant l’ajournement du congé de M. Picquié, qui devait rentrer en France en mars 1913 et qui prolongera son séjour jusqu’en 1914, explique qu’il « répondra ainsi aux voeux qui lui ont été exprimés par une grande partie de la population européenne. » 

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