C’était il y a cent ans… en août 1912
26 août 2012 - Tsiahy commentaires   //   1040 Views   //   N°: 31

Lors de sa séance du 22 août, l’Académie malgache est sommée par le Père Caussèque, de la Mission d’Ambositra, de s’expliquer sur l’enseignement du malgache dans les écoles indigènes. Celui-ci n’a pas, soutient dans sa lettre le religieux qui est aussi membre sociétaire de l’institution, la place qu’il mérite. Le Bulletin rapporte ses propos : « Il affirme que ne plus demander maintenant dans les examens qu’une version et un thème, revient à vouloir traiter le malgache comme une langue ancienne et morte, au même titre que le latin ou le grec. » Charles Renel, membre titulaire et chef du service de l’enseignement à Madagascar, lui répond que « le reproche n’est pas fondé, qu’il aime personnellement beaucoup la langue malgache, mais qu’il convient d’enseigner également le français dans les écoles, car en répandant notre langue, nous servons la cause de la France, notre patrie, nous répandons par elle nos idées, nos moeurs, nos coutumes. Il ajoute qu’il s’efforce de donner à la langue hova la place qui lui revient dans les établissements scolaires de la Colonie. » 

Singularités locales
La question est d’autant moins épuisée que des chercheurs font, dans la même séance, le point sur leurs travaux linguistiques. Jean Paulhan communique l’article qu’il a publié dans le Journal asiatique : Les hain-teny merinas. Fruit de deux ans de récolte, cette étude d’une trentaine de pages se conclut ainsi : « Le hain-teny est, tour à tour, le jeu où s’exerce, la rivalité où s’impose cette science des paroles qui apparaît au Merina comme la connaissance essentielle. » De son côté, le Père Dubois poursuit son dictionnaire du betsileo – il en est à la lettre K.

L’entreprise du Père Dubois prouve l’intérêt pour les singularités des différents peuples de Madagascar. Les Malgaches pourraient se pencher sur celles des peuples de France à travers l’organisation de banquets régionaux. Le samedi 10, l’Union générale des Corses et des Amis de la Corse organise son banquet, suivi d’un bal, à l’Hôtel Métropole. Le lendemain, les natifs du Roussillon se réunissent au même endroit pour discuter de l’organisation d’un prochain banquet. Une semaine plus tard, les Charentais et les Poitevins se rendront à l’Hôtel Villecrose dans le même but. Quant aux Champenois et Briards, ils ont fixé leur réunion au 23 à l’Hôtel Métropole…

Il ne suffit pas de prévoir les festivités, il faut aussi régler les affaires courantes. Ainsi, le drame de Tsaratanana, évoqué en février et mars, au cours duquel l’administrateur Longuemart avait trouvé la mort, vient de trouver son épilogue : Ramavo, sa compagne, a été condamnée par le tribunal de Majunga à dix ans de réclusion. 

Un train dans les rizières
La construction de la ligne de chemin de fer Tananarive-Côte Est (T.C.E.) n’est pas achevée, mais les convois circulent entre la capitale et Brickaville. Le samedi 17, le chef du service technique du T.C.E. voyageait avec un train de marchandises parti de Tananarive, pour aller à la rencontre du Gouverneur général, en séjour à Tamatave. Au km 13, entre Anivorano et Brickaville, un aiguillage était ouvert sur un bout de voie d’une cinquantaine de mètres. Que le train emprunta avant de s’abîmer dans les rizières. Le mécanicien a été contusionné à une jambe et l’ingénieur en a été quitte pour la peur.

Quant à la ligne Tananarive-Antsirabe, elle en est toujours au stade des débats, et le budget est en hausse. Le rapport de M. Malavialle note que l’avant-projet est à refaire en entier et qu’il faut prévoir une augmentation des dépenses de 35 à 50 %. Le député Maurice Laviolette conteste ces chiffres pourtant approuvés par le Parlement.

Tout a un coût, y compris l’approvisionnement de l’armée à Madagascar. L’avis d’adjudication pour l’année 1913 est paru. Il faudra fournir 14 tonnes de café vert, 199 de farine de froment, 18,5 de sucre cristallisé, 20 de conserves de boeuf et… 407 000 litres de vin rouge.

Le Siècle, quotidien de la Métropole, revient sur l’aménagement du port de Majunga, nécessaire pour le signataire de l’article. L’adjudication des travaux de construction des quais a malheureusement été effectuée de telle manière que rien ne sera entrepris avant l’année prochaine. Par ailleurs, la modification des itinéraires de navigation remet en cause le commerce entre Majunga et Lourenço-Marquez, alors que 1 200 tonnes de riz blanc ont été exportées l’an dernier vers cette destination, et que les perspectives étaient meilleures pour 1912.

Par #PierreMaury 

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