Bédé malgache : 50 ans déjà
1 janvier 2014 - BD Cultures commentaires   //   57 Views

n°48

Les organisateurs d’Ambatonamelankafatra se donnent un an de plus pour commémorer le « cinquantenaire et quelques poussières » de la bédé malgache. Un neuvième art qui ne désespère pas de revivre l’âge d’or des années 80 après sa longue traversée du désert.

Reporté pour cause d’élections – pour éviter de faire des bulles dans le débat national ? -, l’événement bédé Ambatonamelankafatra se tiendra finalement en novembre 2014. Ce qui laisse toute une année aux associations Tantsary et Vohitsary, à l’initiative du projet, pour bien caler les trois expositionsprévues. Leur ambition est de faire d’Ambatonamelankafatra un rassemblement incontournable de la bande dessinée malgache prise dans sa « totalité historique » puisque le neuvième art malgache a déjà plus de 50 ans. Le nom d’Ambatonamelankafatra est d’ailleurs tiré de la toute première bédé malgache Ny Ombalahibemaso, sortie en octobre 1961 sous la plume de Jean Ramamonjisoa, scénario R.P. Rahajarizafy, qui racontait l’« histoire vraie » du roi Andrianampoinimerina.

« On est d’abord partis sur l’idée de rééditer Ny Ombalahibemaso, puis on s’est aperçus que tout un pan de la bédé malgache est complètement ignoré », explique le dessinateur Alban Ramiandrisoa-Ratsivalaka, membre du comité d’organisation pour l’association Vohitsary. Un nom bien connu pour tous ceux qui ont suivi la brève mais fulgurante histoire (10 numéros) de la revue Fararano Gazety au début des années 80. Pour la petite histoire, c’est dans Fararano Gazety que parut la première bédé malgache en couleur avec Naivo Kely. À la même époque paraissait la revue Eh ! et ses séries devenues cultes comme Lietnà Ralahy ou Kapiteny Lafandra. Ou encore Danz où parurent Avotra de Christian Razafindrakoto et Inspecteur Toky de Coco.J. Un véritable âge d’or qui ne survécut pas aux bouleversements des années 90.

« Pourquoi ça marchait bien dans les années 80 ? Avec le socialisme l’importation était limitée, aucune BD étrangère », estime Michel Ratovoherinirina, alias Ramika. La découverte du marché a été fatale aux revues. « C’a été d’un coup la course à la production. Les dessinateurs se sont retrouvés avec quatre parutions mensuelles et la qualité en a pâti. Sans parler de certains revendeurs qui ont achevé le marché : les kiosques ont autorisé la lecture sur place pour 20 ariary et quand on venait les voir pour le recouvrement, ils répondaient que personne n’avait rien acheté, les éditeurs spécialisés en sont morts. » Les deux décennies suivantes verront les dessinateurs se réorienter vers le marché institutionnel, notamment pour des ouvrages de commandes au bénéfice de l’Unicef ou de la WWF à travers le magazine Vintsy. Autre particularisme, la spécialisation n’est toujours pas à l’ordre du jour chez les dessinateurs malgaches. « Chez nous le dessinateur doit tout faire. Aux États-Unis, par exemple, crayonnage, encrage, lettrage et coloration sont des opérations séparées, d’où une production rapide, stable et toujours palpitante. C’est ce niveau d’organisation qu’Ambatonamelankafatra souhaite imposer comme norme à Madagascar », fait valoir Mamy Raharolahy.

 

Joro Andrianasolo

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