Beapombo : Le jour où on a volé la pompe
9 mars 2017 - Grand Angle commentaires   //   681 Views   //   N°: 86

Comme des milliers de petites collégiennes de la région, Sia profite des grandes vacances pour retourner à Beapombo, son village natal sur le plateau d’Ihorombe. Un village du Grand Sud privé de l’accès à l’eau potable depuis le vol de la pompe hydraulique il y a quelques mois…

Sia a 14 ans. Elle est originaire de Beapombo, un village reculé du district de Betroka, dans la province de Toliara. Elle profite des vacances pour retrouver sa famille. Des vacances qui n’en seront pas tout à fait, mais elle a l’habitude. Rien que de regagner le village, depuis Betroka où elle étudie, demande une demi-journée. Il y a d’abord le « camion-taxi » bourré de passagers qui quitte Betroka à 6 heures du matin et s’enfile des pistes cahoteuses pour arriver à Marlima aux alentours de midi. Marlima se trouve à environ 5 km de Beapombo. Le reste du chemin est trop difficile d’accès, Sia préfère le parcourir à pieds. Non sans risques.

Les attaques de bandits de grands chemins deviennent fréquentes dans le coin, augmentant l’insécurité déjà provoquée par la présence traditionnelle des dahalo (voleurs de zébus).

La zone est classée rouge à l’instar de plusieurs districts de la région. Bandes armées, diminution de l’approvisionnement en eau, dégradation du réseau routier, feux de brousses… les conditions de vie dans l’Anosy ne font qu’empirer.

Au village, Sia est heureuse de retrouver les siens. Les paysages de son enfance. Les visages aimés. Jeanine, sa grand-mère. Ses petites cousines Lydia et Monika. Pour autant, son statut de collégienne en vacances ne la dispense en rien des tâches domestiques. Une paire de bras n’est jamais de trop à la campagne. Elle devra prêter main forte à Jeanine, comme le font déjà à longueur de journées ses petites cousines. Piler le riz, travailler au champ, faire la lessive… Les journées sont bien remplies.

Il y a aussi la collecte de l’eau. L’eau si précieuse par ici où l’on vit chichement de la culture du manioc, du maïs et du riz, et encore si la pluviométrie le permet. Sans parler du commerce des zébus.

Puiser l’eau… une corvée rendue bien difficile depuis le vol en août dernier, il y a moins d’un an, de la pompe hydraulique qui filtrait l’eau potable du village. Aujourd’hui il faut aller la chercher à un kilomètre de là, puisée dans un puits à ciel ouvert. L’aller est plutôt drôle et animée. Avec les cousines, ça chante, ça rit. Une fois les seaux remplis, on prend même un petit bain dans la rivière, histoire de se retremper dans l’enfance. Le retour est nettement plus silencieux, bidon de dix litres sur la tête Les anfractuosités du terrain, les montées et descentes rendent la marche difficile.

Foutue pompe. Elle provenait du projet AEPA (Alimentation en eau potable et d’assainissement) financé par la Banque africaine de développement, en coopération avec la Suisse et le Japon. Quatre districts du Grand Sud (Ihosy, Iakora, Ivohibe et Betroka) avaient ainsi bénéficié de l’installation

de l’installation de 700 pompes villageoises à motricité humaine. Beapombo (12 000 habitants) en avait reçu une dizaine, et pendant cinq ans qu’elles ont fonctionné, la vie des villageois s’en est trouvée d’autant améliorée. Mais, quand ce ne sont pas les dahalo qui volent le bétail de Betroka, ce sont des malfaiteurs encore non identifiés qui sabotent ces forages d’eau. Selon certaines rumeurs, ces pompes serviraient à la fabrication d’armes artisanales, d’autres évoquent leur utilisation du côté d’Ilakaka pour les forages du saphir.

Le sabotage a commencé dans les autres districts en 2014.

Aujourd’hui, 90 % des pompes du projet AEPA ont été volées. Conséquence, l’accès à l’eau potable est plus difficile, favorisant le retour de mauvaises habitudes alimentaires.

Dans un village comme Beapombo, puiser dans des puits non protégés ou dans de maigres rivières à proximité de bovins, redevient le seul moyen de collecter l’eau. Avec à la clé le développement de toutes maladies d’origine hydrique comme le paludisme, la diarrhée, la bilharziose ou le choléra.

Les jeunes filles comme Sia sont les plus exposées à ces maladies puisqu’elles sont les premières au contact de l’eau, à la différence des hommes dont la tâche principale est de faire paître le bétail. Et toujours ces grandes distances pour puiser l’eau, ces parcours épuisants et chronophages qui diminuent d’autant leur efficacité dans les activités qu’elles entretiennent, notamment scolaires. Pour Sia, toute haletante en déposant son seau aux pieds de Janine, c’est un jour de vacances comme les autres.

Texte et photos : #KoléaneFoxonet

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