À quelques kilomètres de l'aéroport de Tuléar, un couple belge a transformé un terrain de sable et de cailloux en un écolodge à nulle autre pareil. Dix-sept ans plus tard, Bakuba Lodge est devenu, presque malgré lui, une adresse qui se mérite.


Il y a des endroits qu'on ne trouve pas par hasard. Bakuba Lodge, niché à Ankilibé sur la RN7, à quelques kilomètres de l'aéroport et du port de Tuléar, est de ceux-là. Pas de panneau tapageur, pas de lobby clinquant. Juste une entrée, un jardin qui surprend, et l'impression étrange que le temps vient de changer de vitesse. Bruno et Patricia sont belges. Ce détail a son importance — non par nationalisme de comptoir, mais parce qu'il explique en partie cette obstination tranquille qui caractérise le lieu. Quand ils ont posé les yeux sur ce terrain du sud-ouest malgache, il y a dix-sept ans, ils ont vu quelque chose que personne d'autre ne voyait : un lodge. « Chaque arbre planté, chaque pierre posée, chaque chambre dessinée raconte notre histoire », confie Patricia. Bruno, lui, raconte le début avec une simplicité presque déconcertante : « Nous avons commencé avec une seule chambre, puis deux, puis trois… Aujourd'hui, nous en avons sept, mais chaque espace reste unique et pensé pour créer une atmosphère particulière. » Sept chambres. Dix-sept ans. Les chiffres, ici, parlent d'eux-mêmes.

Le lodge s'étend sur ce qui fut autrefois un sol ingrat — sable, cailloux, vent du sud. Aujourd'hui, c'est une petite forêt. Arbres fruitiers, herbes aromatiques, fleurs tropicales : la permaculture est au cœur de la philosophie de la maison, avec compost, paillage, culture bio et respect du calendrier lunaire. « Nous avons appris sur le terrain, en expérimentant, et aujourd'hui nous avons un écosystème fertile et vivant, même au cœur du climat sec du sud de Madagascar », précise Patricia. On ne sait pas si c'est de l'entêtement ou de la foi. Probablement les deux. Les chambres et suites — toutes différentes, insiste-t-on — mêlent influences locales et design européen, bois, pierres volcaniques et textures naturelles. La grande suite familiale peut accueillir jusqu'à six personnes, ce qui la rend particulièrement adaptée aux familles ou groupes d'amis cherchant à s'éloigner de l'agitation des grandes stations touristiques. Les tarifs varient selon la chambre et la période, généralement entre 130 et 230 euros — des conditions différentes selon qu'on réserve en direct, via plateforme ou tour-opérateur.
Le bien-être occupe une place sérieuse dans l'équation. Un hammam d'inspiration mexicaine, fonctionnant sans électricité, où l'eau, les pierres volcaniques et les plantes locales font office de programme. Une piscine. Une salle de massage. Et puis cette chose rare dans les établissements hôteliers : le droit de ne rien faire, revendiqué ici comme un art à part entière. Pas une inactivité. Une discipline.
Pour ceux que l'immobilité lasse, les activités ne manquent pas. Exploration des mangroves, balades le long des plages, excursions en pirogue surnommées — avec un sens de l'humour assumé — « Indiana Jones », vers Saint-Augustin ou Nosy Ve. Des sorties à la journée à Mangily, combinant visites culturelles et pique-niques préparés par le lodge. Des balades nocturnes à la rencontre des lémuriens, la visite de marchés locaux, l'arboretum. Le sud-ouest malgache se laisse découvrir par strates, et Bakuba semble en connaître chaque couche.
La table mérite qu'on s'y attarde. Le concept maison — baptisé Bright Side of Life, ce qui en dit long sur l'état d'esprit des lieux — propose une cuisine simple et généreuse, mêlant influences portugaises, françaises, africaines et sud-africaines. Pas de chef unique : tous les cuisiniers participent à l'élaboration des plats. Les grillades sont servies dans une ambiance churrasco, avec poulet, bœuf, agneau, poissons locaux et, selon les arrivages, quelques viandes plus exotiques. Les options végétariennes sont traitées avec le même soin que le reste — ce qui, dans cette partie du monde, n'a rien d'évident. « Nous voulons que tout le monde se régale, sans frustration et dans le respect des produits locaux », souligne Patricia.
L'histoire du lodge est aussi celle de ses fondateurs, et on ne peut pas tout à fait les dissocier. Bruno vient de la gestion de restaurants et de la création de lodges au Portugal. Patricia a une formation en tourisme et événementiel, et a enseigné. Ensemble, ils ont formé des équipes locales pour la construction, la décoration, la permaculture — et participé à la création ou rénovation d'autres établissements dans le sud-ouest, à Ifaty. Le Covid, moment d'épreuve pour la quasi-totalité du secteur, a été ici un temps d'introspection : l'équipe a été maintenue, certains employés ont découvert de nouvelles vocations, le lodge a évolué sans se renier.
Aujourd'hui, Bruno et Patricia regardent vers l'avenir avec des projets concrets : attirer davantage de touristes locaux, envisager la privatisation complète du lodge pour les fêtes de fin d'année, développer des ateliers de permaculture et des programmes bien-être. Rien de spectaculaire. Juste la même logique patiente qui a transformé un terrain désertique en forêt. Bakuba Lodge n'est pas un hôtel pour touristes pressés. C'est une adresse pour voyageurs qui ont décidé de prendre leur temps — et qui savent que la différence entre les deux n'est pas anodine.
Lucas Rahajaniaina
Photos fournies par Bakuba Lodge
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Web : www.bakuba-lodge.com