Baie des Russes : Quand la vodka coulait à flots
23 mai 2017 - Escales Escales commentaires   //   474 Views   //   N°: 88

Lors d’un passage à Nosy Be, tout touriste qui se respecte va découvrir Nosy Iranja situé au sud-ouest. Lors de ce trajet en bateau, nous passons devant cette fameuse « baie des Russes » qui nous amène tous à la fameuse question, mais pourquoi la baie des Russes ?

Pour répondre à cette question, il faut remonter l’histoire jusqu’à la guerre russo-japonaise de 1904-1905 que j’ai pu découvrir grâce à Suzanne Reutt, fondatrice de l’association Ambre. Après l’attaque de Port-Arthur en Mandchourie, le Tsar Nicolas II ordonne à la flotte russe de la Baltique de se joindre à la bataille. La flotte entière étant éloignée, une partie passa par le canal de Suez, l’autre contourna le cap de Bonne-Espérance.

Le regroupement se fit dans l’archipel de Nosy Be, dans la baie d’Ampasindava.

« Je regardais et vis que nous étions arrivés à Nosy Be. Je courus sur le pont et vis une image merveilleuse. La baie, la mer calme, les collines tout autour, surtout deux, couvertes de bois épais, se faisant face à l’entrée. Le soleil est brûlant. » (Ingénieur Polinovski) La flotte russe fait escale à Nosy Be le temps qu’elle réunisse ses 45 navires et fasse les réparations nécessaires. « L’acclimatation fut difficile. Nous n’avions jamais autant souffert de la chaleur qu’à Nosy Be. Nous étions dévorés par une soif continuelle et nous ingurgitions des quantités énormes d’eau de mer distillée et filtrée. Cette eau tiède avait un goût nauséabond si on n’y mettait pas un peu d’acide citrique » (Matelot Novikov-Priboï).

Ce fut deux mois d’attentes pénibles pour les marins Russes. Les distractions sur les bateaux étaient simples, quelques représentations théâtrales et un sport déconcertant : la chasse aux rats ! Afin de changer d’air, les permissions pour aller à terre étaient l’attente des marins. 12 000 marins en clients potentiels, presque la moitié de notre tourisme annuel actuel. Pour l’époque, du jamais vu. Aussi, quelle est la première réaction des habitants ? Vous l’avez deviné : Monter les prix ! Malgré cela, les Russes restent de bons clients et échangent leur vodka pour le rhum local durant les escales qui se résument à des scènes d’ivresses et de jeux. « Entre la chaleur, les entrainements militaires, les pannes de glacières qui entraine les problèmes de nourriture : nous fûmes bientôt obligés de la jeter à la mer, mais le courant et le vent la ramenaient sans cesse dans la rade où elle répandait une puanteur insupportable. » (Matelot Novikov-Priboï.)

Après ces deux mois d’escales, la flotte Russe est partie faire face à la flotte Japonaise, bataille au cours de laquelle la flotte russe de la Baltique est envoyée par le fond. C’est ainsi que la baie des Russes prend son nom, en hommage à ces 12 000 marins. Aujourd’hui, la baie des Russes est restée telle qu’elle était à l’époque, sauvage et inhabitée.Seul un village de pêcheur d’une trentaine de personnes et un vazaha, Andrea, qui a fait le choix d’un retour à la nature totale accueille les catamarans et voiliers qui en font un lieu de prédilection pour une halte de quelques jours, que ce soit pour se prélasser ou partir à la découverte des montagnes locales inexplorées.

Certains ont aussi fait quelques recherches. En effet, une histoire parle d’un bateau, le Vlötny qui ne serait pas allez à la bataille, ou aurait réchappé à la bataille et serait retourné sur place. Jusqu’ici, aucun résultat sur ces recherches…

© Photos : Antsiva & Association Ambre

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