Autisme Madagascar : La différence fait peur
2 mai 2018 - Tribune commentaires   //   1048 Views   //   N°: 100
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Dans le monde, une personne sur cent est autiste. A Madagascar, on n’a pas de statistiques faute d’informations et d’engagements clairs de l’État. On confond l’autisme avec une maladie mentale. Longtemps ignoré et caché, ce trouble du comportement est encore méconnu à Madagascar.

Être parent d’un enfant autiste est un combat au quotidien. Non pas parce que votre enfant est autiste mais parce que vous vivez dans un pays où ce trouble du comportement reste méconnue et où les responsables n’ont que faire de la souffrance des familles. Les services de santé ne sont pas adaptés et accessibles. En guise d’exemple, pour pratiquer des soins dentaires sur un enfant autiste, ce dernier doit subir une anesthésie générale. Nul besoin de mentionner les risques ou encore les effets secondaires que cela peut engendrer. Par ailleurs, les écoles adaptées et qui acceptent les enfants autistes ne dépassent pas le nombre de dix.

Les politiques sont stoïques. Que de discours creux ! Ni le gouvernement ni le ministère de la Santé ne proposent des actions concrètes face à ce phénomène grandissant de santé publique. De multiples fois, l’association Autisme Madagascar a tiré la sonnette d’alarme face aux maltraitances médicales infligées aux enfants autistes. On a relayé les informations de parents rapportant de faux diagnostics, d’opérations chirurgicales à tort et de surmédication. L’exemple des dégâts engendrés par les prescriptions abusives de la Depakine, un antiépileptique, et de la Gamalate n’en sont que des exemples.

Mais qu’est-ce que l’autisme ? Il est question d’un trouble du développement qui altère les capacités de la personne dans la communication, la relation sociale ou encore l’apprentissage. La diversité des formes et le degré d’autisme est si grande qu’on parle de « spectre de l’autisme ». A Madagascar, dans une société culpabilisante où la différence est mal vue, le handicap comme l’autisme aboutit au rejet par la communauté. Par manque d’information ? Sans aucun doute.

Dans cette optique, l’association Autisme Madagascar œuvre pour sensibiliser et communiquer à tous les niveaux. Elle milite pour informer la population, former et mettre en réseaux les familles et les praticiens. Elle a tissé une forte collaboration avec les médias, organise des missions humanitaires pour le transfert de compétences et publie des ouvrages en malgache. L’association se bat également pour la mise en place d’un cadre réglementaire pour le respect et la promotion des droits des personnes autistes.

Afin de célébrer le mois d’avril, mois pour la sensibilisation à l’Autisme, les bénévoles de l’association ont organisé « Autisme tour 2018 » dans cinq villes (Toamasina, Mahajanga, Antsirabe, Moramanga et Antananarivo). Des expositions, des témoignages et des représentations artistiques ont été à l’affiche. Les familles, bénévoles et artistes ont répondu présent pour ce combat, certes loin d’être gagné, mais pas impossible.

Mbolatiana Raveloarimisa
Présidente fondatrice d’Autisme Madagascar

Actif depuis quatre ans, Autisme Madagascar compte plus d’une soixantaine de bénévoles et vient d’intégrer la plate-forme Pôle autisme océan Indien. Sa devise : « Il n’y a pas de destin forclos, il n’y a que des responsabilités délaissées » (Fadel Barro).

© Photo : Vanii Suki

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