Au centre, la Place du 13-Mai
31 mai 2019 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   229 Views   //   N°: 112

Un lieu emblématique dans la capitale : la Place du 13-Mai, sur laquelle le peuple « scelle l’union contre le pouvoir ». Le nouveau roman de Johary Ravaloson, Amour, patrie et soupe de crabes, se plante là, en revisitant quelques crises politiques dans lesquelles on ne cherchera pas à distinguer les époques : elles se superposent, se mêlent, comme si un unique maelström, renaissant de loin en loin après des périodes de calme, surgissait en cet endroit, emportant les foules de la même manière. Si quelques épisodes peuvent sans erreur être datés avec précision, ils bousculent souvent la chronologie. Si bien que, de 1972 à 2018, en passant par 1991, 2002 ou 2009, des scènes presque identiques se situent à peu près à n’importe quel moment.

C’est que Amour, patrie et soupe de crabes n’est pas un ouvrage historique, ni un essai politique, et encore moins une tentative d’éclaircissement sociologique. Il s’agit bien d’un roman qui, certes, emprunte à toutes les sciences humaines que l’on vient d’énumérer mais, surtout, impose des personnages vivants dans un contexte plutôt contemporain. La preuve par le décor, en particulier les omniprésents jets d’eau devant l’Hôtel de Ville (et la clôture qui en interdit le libre accès).

Les personnages, donc, et surtout trois d’entre eux, présentés dans les premières pages. Nivo Espérance, qui en vrai s’appelle Raharinivo Ramanantenasoa, « solaire ». Elle « veut bouleverser les choses et les hommes. » Justin Rabédas appartient au camp du pouvoir, mais le pouvoir change et ses hommes en même temps. Pour l’instant, il est directeur de communication de l’Hôtel de Ville et porte-parole du maire PDS. Nivo l’émeut, pour ne pas dire davantage. Enfin, mais la galerie de portraits ne s’arrête pas là, concentrons-nous sur les principaux protagonistes, Liva Andriamahery est chef du service de sécurité de l’Hôtel de Ville.

Géographiquement proches, ils ont des existences séparées qui se recoupent parfois, du côté de cette place que Justin voudrait rebaptiser du beau nom d’Amour, quoique le mot soit souvent dévoyé.

Et il ne manque pas de dévoiements dans un roman où chacun pense à ses intérêts, sans trop dévoiler, sous peine de sanctions, la manière d’y veiller. La valeur d’une voiture fait celle d’un individu, la compétition règne, les principes ne valent que le temps de faire mine de les appliquer. Embrouilles et magouilles sont au menu. Copieux, le menu, qui fait défiler devant nous scènes publiques et intimes, contradictions et ambitions, vengeances (pour le plat froid) et fidélités à géométrie variable.

 Au début, j’écrivais mes petites histoires. Je voulais raconter ma ville. On vit tous dans la même ville mais chacun raconte sa ville à sa façon. » Cette façon-ci est aussi plaisante qu’instructive.

Johary Ravaloson. Amour, patrie et soupe de crabes (Dodo vole, 2019, 320 p., 15 €).

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