Art 2 la plume : « Dans l’enfer des kwassa kwassa »
22 janvier 2018 - Comores Diaspora commentaires   //   610 Views   //   N°: 96

Représenté à Tananarive par le trio Abdounour, Ansoir Major et Antoyi, Art 2 la plume est un collectif de jeunes slameurs et comédiens comoriens. En novembre dernier, la troupe a livré un spectacle réquisitoire sur la traversée des clandestins en « kwassa kwassa » (barque de pêche) pour atteindre Mayotte.

Pourquoi Art 2 la plume ?
Nous sommes un collectif de slameurs et de comédiens qui s’est formé aux Comores en 2012. Nous faisons à la fois du slam et du théâtre, l’idée est de fusionner ces deux disciplines. Aux Comores, nous avons collaboré avec des comédiens de renom comme Soeuf Elbadawi et Soumette Ahmed qui nous ont formés au théâtre. Au-delà de la scène, Soeuf Elbadawi nous a permis de perfectionner nos plumes. En 2015 nous avons été invités au second Forum mondial de la langue française à Liège en Belgique mais contre toute attente, l’ambassade de France à Moroni nous a refusé les visas pour des raisons qui restent encore indéterminées. Depuis fin 2012, nous travaillons en collaboration avec Mbaé Tahamida Soly, un slameur et compositeur franco-comorien.

Du théâtre engagé…
« Kwassa kwassa, pour le paradis ou même pour l’enfer » est un spectacle écrit en slam. On y retrouve aussi de la poésie, du chant mais surtout du théâtre. Il raconte l’histoire d’un instituteur comorien contraint de faire la traversée entre Anjouan et Mayotte car il ne veut pas que sa femme enceinte accouche dans un hôpital de la partie comorienne indépendante. Il part pour Mayotte, cette île comorienne illégalement occupée par la France. Il perd sa femme pendant cette traversée et se retrouve en prison où il écrit à ses parents pour leur expliquer l’enfer dans lequel il s’est retrouvé, lui qui est parti pour chercher le paradis. C’est aussi notre coup de gueule contre le fameux « visa Balladur » qui a tué plus de 20 000 Comoriens dans les eaux comoriennes sous l’ignoble indifférence des gouvernements français et comoriens.

Comment est né ce projet ?
Mbaé Tahamida Soly en est l’instigateur. Il a écrit le texte en 2012 et nous l’avons interprété sur différentes scènes et dans différentes manifestations. Au départ ce n’était que quatre couplets que nous avons mis en musique et interprété de façon théâtrale. Quand Soly a vu ce que nous avons fait du texte, il a continué l’écriture et ajouté d’autres textes pour aboutir a la pièce. On a prévu d’organiser cet événement depuis un moment, mais faute de financements et de partenaires, nous avons dû attendre. Il est devenu une absolue nécessité de monter le projet après la blague malsaine du président français sur les kwassa kwassa. Il nous tenait à cœur de dire à nos compatriotes, les jeunes surtout, que le paradis que les gens vont chercher à Mayotte est souvent un enfer.

Pourquoi avoir choisi la date du 12 novembre pour lancer ce spectacle ?
Le 12 novembre est la journée Maoré, mais aussi la date où les Comores ont été reconnues membres des Nations-Unies en tant qu’ensemble de quatre îles. Mais finalement on n’en a que trois ! Cette date nous convenait pour rappeler aux autorités leur responsabilité face à ce drame car il faut reconnaitre aussi que si beaucoup de Comoriens veulent traverser la mer au péril de leur vie pour atteindre Mayotte, c’est parce qu’ils leur manque des perspectives d’avenir chez eux. Le quotidien du Comorien pâtit de la voracité et de la mauvaise gouvernance des politiciens.

D’autres projets ?
Nous travaillons actuellement sur un album slam qui, nous l’espérons, sortira courant 2018. Nous venons de terminer un recueil de slam en shikomori et travaillons sur un autre en français ; la parution est prévue fin 2018. Ce sont des recueils collectifs avec les équipes de Moroni, Tana et un de nos grands membres fondateurs, Azhar, qui vit a Lyon. Une pensée à son endroit car il nous a beaucoup manqué durant le dernier projet même s’il a techniquement travaillé avec nous.

Propos recueillis par #MoussafiriMourchidi

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