Arira Arira : Le conte est bon
12 juillet 2026 // Arts Plastiques // 2551 vues // Nc : 198

Madagascar s'empare du manga. Pas pour en faire une copie, mais pour en faire autre chose — quelque chose de plus proche, de plus enraciné. Un jeune artiste originaire de Toliara a décidé de raconter les angano malagasy dans les codes graphiques de Tezuka et Toriyama. L'île au bout du monde entre dans la case, le trait et le dialogue.

Publié chez Hay Tsingory, Arira Arira existe déjà en deux épisodes de 38 pages chacun — format poche, 14,8 x 21 cm, noir et blanc, vendu autour de 9 500 ariary en librairie. Une pagination serrée, comme il se doit pour un shōnen qui se respecte. L'histoire suit Fitahina, adolescente héritière des Enfants de la Lune, tiraillée entre un monde traditionnel et un monde moderne séparés par une porte interdimensionnelle. Une entité maléfique plane sur les deux réalités. Mais le vrai combat, ici, est intérieur autant qu'extérieur — tension dramatique garantie, révélations en suspens, et ce petit goût de la suite au prochain épisode soigneusement cultivé. Singularité assumée : les pouvoirs s'activent par la parole. Les mots ont un poids réel, et ça n'est pas un hasard. Tout le manga est rédigé en malgache — une façon de poser le décor dès la première planche.

Cloud Blue, Rafidinjanahary Claude Bienvenu dans l’état-civil, a grandi avec les angano. Ces contes transmis à voix basse, le soir, autour d'un feu ou dans un coin de cuisine, il les a absorbés sans trop savoir encore qu'il allait les redesssiner. Son pari était de les faire exister dans un format contemporain, sans les dénaturer. « Si on ne le fait pas, on disparaît un peu dans nos propres récits », dit-il avec le sérieux de quelqu'un qui a vraiment réfléchi à la chose. L'éditeur Hay Tsingory partage cette même boussole, qu’est de mettre en valeur la langue malagasy à travers des œuvres modernes. Arira Arira sera d'ailleurs disponible lors des prochains festivals de culture japonaise à Antananarivo — ce qui, avouons-le, n'est pas sans ironie délicieuse : du manga malgache présenté dans des festivals nippons.

Rafidinjanahary Claude Bienvenu est né en 2003, à Toliara. Il dessine depuis l'enfance — sur les cahiers d'école, en marge des cours, dans ce silence un peu à part que connaissent bien les gamins qui vivent dans leur tête. La découverte du manga au collège change la donne : il comprend qu'un dessin peut avoir une grammaire, une tension, une respiration. Le confinement accélère tout — défis en ligne, victoires, premières collaborations.

À Antananarivo, il s'essaie au slam et à l'art oratoire. « Le dessin ne suffisait plus, j'avais besoin de voix aussi », résume-t-il. Cloud Blue, son pseudo, désigne un nuage mental, un espace de création sans pression. Illustrateur et scénariste à la fois, il avance l'image et l'histoire en parallèle — parce que chez lui, les deux ne font qu'un seul geste.

Lucas Rahajaniaina

Mail : haytsingory.assist@gmail.com
Téléphone : 0388481674
Photos : Andry Randrianarisoa

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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