Ambositra : Médecins de la brousse
3 août 2017 - Grand Angle commentaires   //   418 Views   //   N°: 91

Neuf malgaches sur dix n’ont pas accès aux soins à Madagascar par manque d’infrastructures et de médecins qualifiés. Les populations des zones rurales sont les plus touchées. Depuis 2002, des médecins ophtalmologistes originaires de Tana se déplacent à Ambositra, à 262 km au sud-est de la capitale, pour leur prodiguer les soins nécessaires.

Dr André opère les végétations d’un petit garçon de 2 ans qui souffre d’obstruction nasale.

Mr Raymond, lunetier, organise ses lunettes avant l’arrivée des patients.

Mr Ralaiariseta, 82 ans, instituteur retraité, essaye les verres correctrices pour trouver les degrés qui s’adaptent à ses yeux.

Ils sont cinq médecins à faire le voyage à Ambositra deux fois par mois pour soigner les habitants au sein du centre Orsanam. Cette petite équipe est composée du Dr Voahangy Rabeantoandro, spécialisée en ophtalmologie, des Drs André et Lova, spécialisés en oto-rhino laryngologie et ophtalmologie, et de deux lunetiers Raymond et Bruno qui fabriquent les lunettes sur place.

Depuis 2002, ces spécialistes se déplacent de mai à juin et de novembre à décembre afin d’offrir les soins nécessaires aux habitants. « Nous restons 15 jours sur place », explique Dr Voahangy. « Le médecin chef, Dr Ramanantso Hery organise notre venue avec l’autorisation du directeur régional de la santé. » Un mois avant leur arrivée, le médecin chef fait des annonces à la radio et posent des affiches. Pendant près de deux semaines, ils consultent et soignent près de 300 patients qui viennent principalement de la ville d’Ambositra mais également des périphéries comme les régions d’Amoron’i Mania, Haute-Matsiatra et Vatovavy Fitovonany soit un rayon de 40 à 180 km.

La plupart des patients viennent de très loin pour pouvoir se faire soigner. Certains quittent leurs villages à deux heures du matin.

Les outils des médecins : une boîte à verre avec deux montures d’essai.

Les malades et leurs gardes dans la salle commune post-opératoire du centre ORSANAM.

Ils partent à pied, passent par les routes secondaires et les montagnes pour rejoindre la route nationale et prendre le taxi-brousse. « Il y a trois ans, nous avons même reçu des groupes de villageois qui venaient de Maintirano à environ 430 km d’Ambositra. Ils naviguent en botry (bateau traditionnel malgache), jusqu’à Mananjary et prennent le taxi-brousse. Parfois, ce sont les Sœurs qui les aident pour le voyage. »

De 9 heures à 17 h 30, les médecins sont sur le pont. La salle d’attente est déjà remplie surtout la première semaine. José Alain, 42 ans, attend son tour. Il ne voit plus de son œil droit à cause d’un accident de moto survenu en avril dernier. « Après mon accident, je suis allé à l’hôpital Volafotsy à Ambositra pour soigner mes blessures. Quelques temps après, j’ai eu un problème de vue. Je voyais flou de mon œil droit. Je suis revenu à l’hôpital mais le médecin m’a dit que j’avais un problème au cerveau et m’a envoyé chez un spécialiste qui n’a pas fait grand-chose. Avant de venir ici, nous voulions aller à Antsirabe, mais j’ai entendu à la radio locale que des ophtalmologues de Tana feront des consultations. »

José Alain, 24 ans se fait examiner les yeux.

Razafimamy Tsialonina, 19 ans, agricultrice et son fils de 5 mois. Elle vient de se faire opérer d’une hypertrophie de la cornée nasale.

A part les accidents, des patients souffrent également d’autres pathologies dues à leur mode de vie. Le Dr Voahangy affirme que dans la ville d’Ambositra, les hommes sont surtout victimes de la consommation de toaka gasy (alcool fabriqué clandestinement), autrement dit d’une neuropathie toxique qui touche les yeux. Dans les autres régions où la population est majoritairement constituée d’agriculteurs, le travail de la terre entraîne également d’autres pathologies. « Après le travail aux champs, ils n’ont pas l’habitude de se laver, ils mangent et dorment directement. Nous essayons aussi de les éduquer pour avoir une bonne hygiène. »

Chez les femmes et les enfants, la malnutrition et l’absence d’eau potable sont les principales causes des problèmes de santé. Et la médecine traditionnelle n’est pas forcément la meilleure solution. « Ils ont souvent recours aux tambavy (tisanes à partir de plantes) sans savoir les effets néfastes de ces plantes qui peuvent abîmer foie, nerfs, estomac et reins. C’est difficile de leur interdire d’en consommer, nous leur conseillons plutôt de réduire. »

Les médecins prennent ainsi du temps pour examiner chaque patient car comme l’explique le Dr Voahangy, rien qu’en examinant le fond de l’œil ou rétinopathie, il est possible de déceler toutes les maladies comme l’hypertension ou encore les problèmes au cœur.

Plusieurs patients viennent également pour d’autres consultations, comme Roger venu se faire retirer les amygdales. « J’habite dans la commune d’Imito à 22 km d’Ambositra. J’ai quitté chez moi à 4 h 30 du matin et je suis arrivée ici à 7 h 30. Je suis d’abord allé chez un médecin à l’hôpital mais mon état ne s’est pas amélioré. Grâce à la radio, j’ai entendu la nouvelle et je suis venu ici. Je viens juste de me faire opérer. » Depuis 5 ans, ces médecins arrivent à soigner 70 % des malades qu’on leur présente, même les plus graves.

Photos : #HenitsoaRafalia

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer