Ambatovinaky : Ville sous roche
6 juin 2026 // Histoire // 42 vues // Nc : 197

Bien avant les klaxons et les façades fatiguées, Ambatovinaky était l'un des poumons stratégiques d'Antananarivo. Né d'une fracture rocheuse ordonnée par Radama I, ce quartier escarpé a vu défiler souverains, missionnaires et artistes. Les pierres racontent la naissance mouvementée de la capitale moderne.

Tananarive - Le Théatre Municipal et l'Eglise Norvégienne d'Ambatovinaky
©photo: Musée de la Photo

Ambatovinaky reste encore aujourd’hui un peu mystérieux. On y trouve une pente étroite, des murs anciens, des escaliers raides usés par le temps. « Même certains taxis ont du mal à situer précisément Ambatovinaky », remarque avec un sourire l’architecte Noely Ratsimiebo. Pourtant, derrière cette discrétion se trouve un lieu qui a joué un rôle important. Pour saisir l’esprit du quartier, il faut revenir au temps d’Andrianampoinimerina et de ses douze collines sacrées. La partie nord-ouest de la ville, alors sauvage et rocheuse, devenait un point de défense crucial. « C’était déjà une idée d’urbanisme assez avancée pour l’époque », ajoute l’architecte. Peu à peu, des ruelles étroites et des portes royales ont organisé la vieille ville.

C’est sous Radama I qu’Ambatovinaky a vraiment changé. Inspiré par les modèles britanniques après le traité anglo-malgache de 1817, le roi décide de lancer un grand chantier : faire sauter les rochers au nord pour ouvrir une route jusqu’à Antaninarenina, qui deviendra un centre commercial. « Ambatovinaky veut dire justement “la roche brisée” », explique l’historienne Helihanta Rajaonarison. Ce nouveau passage modifie le paysage urbain. Quand les missionnaires arrivent, le quartier gagne aussi une importance spirituelle. Le temple luthérien, construit entre 1873 et 1875, change complètement l’apparence du coin. « Ce temple est le premier grand bâtiment solide à Ambatovinaky. Il marque un tournant dans l’architecture, la société et la religion », note l’historienne.

À l'époque coloniale, le quartier est animé : il y a un tribunal, une mairie, une poste, une banque, un marché. Le théâtre municipal construit en 1899 reste son principal trésor culturel. Rapidement, une génération d'artistes malgaches talentueux s’en empare. Dans les coulisses, on entend les textes de Rabearivelo, les discussions nationalistes et les spectacles d'Odéam Rakoto qui adapte Molière en malgache. « Ce théâtre n'était pas seulement un endroit pour voir des spectacles. C'était un lieu de prise de conscience politique et culturelle », explique Helihanta Rajaonarison. Ambatovinaky devient un point de rencontre entre la modernité européenne, les traditions merina et une conscience nationale qui grandit. Aujourd’hui, même si les murs sont usés, chaque pierre porte encore le souvenir d’une capitale en pleine construction. La roche brisée a encore beaucoup à raconter.

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Lire

28 mai 2026

Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la mu...

Edito
no comment - Travail, travail, travail… mais lequel ?

Lire le magazine

Travail, travail, travail… mais lequel ?

Le 1er mai, à Madagascar, certains se lèvent à l'aube pour aller… travailler. Pas par oubli du calendrier, mais par nécessité. Il y a quelque chose de presque philosophique là-dedans. Depuis des décennies, le monde entier célèbre ce jour comme une victoire arrachée de haute lutte — Chicago, 1886, le sang des ouvriers sur les pavés, la semaine de huit heures comme horizon promis. Belle histoire. Sauf qu'ici, à Antananarivo comme à Tamatave, la question n'est pas tant de combien d'heures on travaille, mais bien de combien de travaux on jongle simultanément. Prenez ce vieux Mamy. Fonctionnaire le matin, revendeur de crédit téléphonique l'après-midi, et le week-end — discret, mais régulier — petit élevage de poulets en banlieue. Trois activités, un seul homme, zéro fiche de paie qui suffise. Ce n'est pas de l'ambition, c'est de la survie érigée en système. On appelle ça « avoir plusieurs cordes à son arc », expression polie pour désigner une réalité que beaucoup connaissent sans jamais nommer.Car le vrai travail malgache, celui qui fait tourner les familles, se passe rarement sous les projecteurs des statistiques officielles. Il est informel, inventif, insaisissable. Un peu comme ce personnage de Sisyphe — mais version optimiste : Sisyphe qui, en remontant son rocher, aurait trouvé le moyen de vendre des cacahuètes sur le chemin. Alors pour ce 1er mai, fêtons le travail — tous les travaux. Celui qu'on déclare et celui qu'on tait. Celui du contrat et celui du débrouillard. Avec une pensée particulière pour tous ceux qui, aujourd'hui encore, n'auront pas le luxe de s'arrêter pour célébrer. La fête du Travail leur appartient aussi. Peut-être même surtout.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - LeManana guitariste - Mai 2026 - NC 196

Découvrez LeManana guitariste dans le no comment® NC 196 – mai 2026
LeManana puise ses racines dans le beko du Sud de Madagascar pour mieux les mêler aux rythmes d'Afrique et du monde. Quinze ans après ses débuts sur scène, sa world music a déjà traversé les cinq continents. Rencontre avec un artiste qui n’a pas fini de faire voyager la musique malgache.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir