Affaires de famille
16 octobre 2019 - Gaysy commentaires   //   33 Views   //   N°: 117

À travers mes yeux fermés, je sens la lueur d’une torche pointée vers moi. « Votre carte d’identité s’il vous plaît », ordonne une voix autoritaire. N’ayant pas la pièce demandée, je sors brusquement de mon léger sommeil, couvé par un excès d’alcool consommé quelques heures plus tôt. Je reste immobile dans le siège arrière du taxi qui nous ramène, moi et un type croisé après une soirée de folie au Caverna. Le thème « Rebel Love » avait suscité ma curiosité et l’idée de faire une rencontre intéressante m’avait possédé toute la nuit. Les gens semblaient avoir le même état d’esprit et la sympathie se lisait chez la plupart des clients.

C’est ainsi que je me trouve embarqué vers Itaosy, le lieu où habite Lova, un simple et séduisant jeune homme. Il avoue vivre seul et préfère me faire voir son petit nid plutôt que d’aller dans ma chambre d’hôtel.

Lova a montré une carte qui, apparemment, a suffi à passer le groupe des forces de l’ordre sans que personne ne demande la mienne, ce qui me laisse imaginer qu’il a de l’influence et me le rend encore plus intéressant à connaître. Son attitude réservée et ses maigres réponses à son sujet prouvent qu’il veut rester discret. Son intérieur témoigne qu’il a du goût et adore l’art. Notre première nuit torride me fait tomber amoureux de lui dès le premier soir. Ce sentiment grandit au fil du temps et me fait même prolonger mon séjour à Antananarivo.

Nos rendez-vous se passent dans des endroits branchés de la capitale. Je savoure intensément notre relation. Avec Lova, j’apprends des choses intéressantes. Je m’intègre vite à son entourage. Peu de jours après, j’emménage chez lui à sa demande et trouve un travail grâce à l’un de ses amis. Sans complexe, Lova a officialisé notre relation auprès des siens. J’admire beaucoup leur ouverture d’esprit, une qualité qui fait défaut dans ma famille et chez certains de mes proches à qui je garde secrète mon homosexualité. Je leur invente des histoires pour leur cacher ma nouvelle vie dans la capitale. Lova n’a donc rencontré aucun membre de ma famille alors que je m’entends très bien avec ses proches. Il a du mal à comprendre cette situation. « Mais jusqu’à quand tu vas leur cacher ça ? Maintenant que tu as une situation stable et indépendante, cela peut jouer en ta faveur. Commence par inviter ta maman à la maison », me suggère-t-il.

Après l’aveu de mon homosexualité à ma mère, je vois à son air en nous quittant qu’elle à du mal à avaler la pilule, malgré tout le tact de Lova. Dans son trouble, elle a même oublié de m’embrasser. Me sentant incompris, j’ai donc coupé le pont avec ma famille pendant des années, ce qui ne l’a pas empêchée de me témoigner son attachement lors d’une hospitalisation pour une opération chirurgicale suite à un problème d’appendicite. Lova et sa famille étaient là pendant l’opération alors que la mienne n’était même pas encore au courant. Finalement, Lova a averti ma famille qui a constaté que lui et ses proches prenaient soin de moi et se relayaient à mon chevet. Ce séjour à l’hôpital a aidé nos deux familles à se connaître. Ce contact évolue de jour en jour et fait plaisir à Lova qui ne manque pas une occasion d’impressionner mes parents et mes frères et sœurs par des gestes attentionnés jusqu’à organiser un déjeuner à la maison le dimanche après ma sortie de clinique.

J’éprouve une immense joie en voyant la chaleur de cette rencontre qui se renouvelle à chaque bonne occasion. La discrétion de Lova par rapport à son travail rend ma famille curieuse. De temps à autre, mes proches viennent me demander ce que fait Lova dans la vie. Être agent secret ne se crie pas sous tous les toits. Je leur dis la passion de mon homme à la place de son activité principale. « Écrivain, il travaille sur son deuxième livre » leur expliquai-je. Et quand ils découvrent son nom de plume, ils sont encore plus impressionnés.

par #Von

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