À l’ombre des ancêtres
31 mars 2016 - Fomba commentaires   //   1509 Views   //   N°: 75

Les Malgaches sont viscéralement attachés à la terre, pas n’importe quelle terre, mais la leur, celle qui les a vus naître, celle où, et ils le savent, ils retrouveront leur terminus, celle qu’ils cherchent partout, où les pérégrinations d‘ordre alimentaire les obligent à s’implanter. 

Ceci étant, ils s’implantent là où les nécessités se marient de façon heureuse avec l’existence d’atomes crochus avec le paysage qui rappelle le pays natal. Ils ont beau vivre des décennies au bord de la mer ou dans les plaines désolées du moyen Ouest ou au milieu des épines du grand Sud, ils n’oublieront pas leur terre, la seule, l’unique, leur tanindrazana. Tout ça pour dire que cette histoire de terre des ancêtres relève plutôt de la peur de l’inconnu. C’est cette peur qui exige la quête éperdue d’un souvenirtalisman à quoi le Malgache puisse se raccrocher pour ne pas se perdre dans des terres inconnues. Le pire serait alors que les os y blanchissent au lieu de rejoindre les razana, les ancêtres tutélaires qui reposent ensemble dans les grands quadrilatères de la grande famille. Voilà pourquoi près de ces énormes édifices de pierre de taille, on peut voir souvent une ou deux stèles isolées. Elles sont érigées pour les morts sans sépulture connue, ceux dont les os ne seront jamais réunis à ceux des ancêtres. 

Dans de nombreuses familles malgaches, on parle souvent de ceux qui, partis un beau matin, ne sont plus jamais revenus. Et ils n’étaient pas forcément des marins ni des bâtisseurs que leur art a menés fort loin et pour très longtemps, le temps que des pyramides soient érigées ou que des temples soient édifiés. Ils sont partout, ces édifices cultuels, surtout protestants, qui affichent fièrement leur date de naissance. Ici, les années 1863, là 1872 ou encore 1876. Ce sont les dates les plus fréquentes, car elles suivent la mort de Ranavalona première, notre reine sanglante à nous et non celle de l’Angleterre. La fin de la grande persécution entraîna le grand boom de la construction et de la conversion, entre guillemets. Les mauvaises langues ironisent sur une panurgite religieuse (le rebik’ondry) qui n’excluait pas la force pour le respect du repos dominical et la présence obligatoire aux réunions du dimanche. Il ne faut pas se leurrer. 1863 par exemple, n’est que la date anniversaire de la grande hutte de joncs d’antan et non de l’imposante construction de briques d’aujourd’hui. A la longue, les églises et les temples sont devenus des maisons communes où l’on va à l’ombre du clocher de l’un ou de l’autre, sans problème dogmatique, l’essentiel étant de se retrouver ensemble. N’est-ce pas le sens originel du mot ecclesia ? Le Malgache qui va à l’église explique y aller « pour se réunir », et non pour prier. Peu importe, l’essentiel est de communier là où ont vécu et grandi les ancêtres.

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