La succession des crises depuis l’indépendance et l’interminable transition débutée en mars 2009 ne manquent pas d’intriguer. Y aurait-il un rapport particulier au pouvoir dans la culture malgache qui permettrait de décrypter les méandres d’une vie politique obscure, voire parfois incompréhensible ?
Le pouvoir dans la Grande Île reste marqué par la manière dont il était vécu dans la société traditionnelle. Son accès était commandé par l’âge et la caste, que les groupes aient été vastes ou restreints, qu’ils aient été régis par des chefs coutumiers ou par des nobles. Car l’ancienneté constitue un gage de savoir et de sagesse, y accéder confère une place d’autant plus remarquée que l’espérance de vie était faible. Les anciens, parés du statut envié de ray aman-dreny (père-et-mère), régulaient la vie sociale par leur exemple et par leurs conseils. Ils pouvaient aussi bien imposer que de lever les fady (interdits), mais leur champ d’action se limitait à la gestion de petites communautés autosuffisantes.
Certains groupes ayant été localement unifiés par des chefs prestigieux en de nombreuses régions, une nouvelle stratification sociale fut instaurée. Les dirigeants se sont érigés en caste noble (andriana), au-dessus des hova (hommes libres), les andevo (esclaves) privés de tout droit assurant les tâches matérielles et la subsistance. Fondé sur la naissance, le pouvoir participait de la sphère du sacré, le mpanjaka (roi) étant intermédiaire entre le peuple et Zanahary (Créateur), et garant du culte des ancêtres. En dépit de l’abolition de l’esclavage en 1896, cette stratification continue à influencer les mentalités et le langage.
Puis la colonisation plaqua sur ces réalités complexes le cadre rigide d’un État moderne et d’une législation appelée à se substituer aux subtilités de la coutume ; mais l’accès à un pouvoir accaparé par les colons restait toujours fermé au peuple. L’indépendance va bouleverser la donne. Depuis un demi-siècle, les citoyens malgaches tentent avec peine de s’approprier l’héritage d’une structure étatique dont l’esprit et le fonctionnement leur sont étrangers. D’un point de vue formel, rien ne manque : présidence, parlement, élections périodiques, justice, forces armées, administration, écoles, hôpitaux, entreprises, médias, société civile, etc. Mais la population ne s’est pas approprié ces institutions, leur logique profonde lui reste fermée ; plus grave, elle n’a pas intégré la notion de bien commun.
Ainsi s’expliquent les dysfonctionnements et les échecs des régimes successifs, en dépit du recours aux idéologies les plus variées et de la compétence de nombreux responsables. Derrière les apparences en effet, le fonctionnement social reste encore régi par les règles de la société traditionnelle. Le citoyen est paralysé par un respect craintif de l’autorité et le souci de ne pas se démarquer du groupe. La famille et l’ethnie restent l’horizon naturel de la solidarité, au détriment d’une citoyenneté encore théorique, ce qui interpelle sur le contenu donné à l’unité nationale. Quant aux médias, et à l’ensemble de la société civile, l’autocensure permet souvent d’éluder les dénonciations ou les désaccords.
Aux carences citoyennes correspond l’irresponsabilité politicienne. La politique est aujourd’hui le moyen le plus sûr et le plus rapide de s’enrichir, le détournement des deniers publics permettant un minimum de redistribution et l’entretien d’une clientèle. Ni projet de société, ni conviction personnelle chez les acteurs de la scène politique, comme en témoignent les reniements successifs qui permettent aux même de traverser tous les régimes. Au besoin, le bourrage des urnes permet de continuer à se prévaloir de la représentativité populaire. Enfin, espérant sans doute échapper au jugement de l’histoire, et toute honte bue, la classe politique vote périodiquement de belles lois d’auto-amnistie.
Pour sombres qu’elles puissent paraître, ces réalités sont connues de tous, mais chacun se dit impuissant. Elles ne trouveront pas de solution immédiate. Passer de l’horizon familial et ethnique à la conscience civique est une œuvre de longue haleine ; sortir du carcan de l’ignorance tout autant, s’agissant d’une population analphabète pour moitié ; et plus encore échapper à la manipulation par l’argent, lorsque trois personnes sur quatre vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Mais dès lors que les citoyens prennent conscience de l’origine des blocages, et le processus est en cours, sans nul doute, la construction d’une société démocratique et d’un État de droit franchit un pas décisif.


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Fitambarana à l’IFM Publié le 17 Mai 2012, 16.26
Les groupes L’Avion Rose et Tambours Gasy ont partagé la scène de l’Institut français de Madagascar (IFM) le 11 mai dernier.
AccompagnésRencontre improbable entre chansons françaises pop-rock et percussions basée |
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