Avec quelque 200 000 espèces, dont 150 000 endémiques, la grande île abrite une prodigieuse « méga-biodiversité » animale et végétale. Et la liste n’est pas close, 615 espèces nouvelles ayant été découvertes ces dix dernières années. Un patrimoine naturel unique, que viennent admirer les touristes du monde entier. Mais ce trésor est menacé à très court terme. En cause, la déforestation pour le tavy (culture sur brûlis), le kitay (bois pour la cuisine) et le charbon de bois, les doro tanety (feux de brousse) au prétexte de favoriser la repousse des pâturages. S’y ajoutent l’exploitation illicite des bois précieux, le trafic d’espèces protégées, les chantiers miniers, la surpêche terrestre et maritime, la pollution urbaine… De ces risques environnementaux, tous les responsables de l’État sont conscients. Mais fort peu s’en soucient, les lois ou règlements y afférant étant simplement ignorés par les politiques, par les juges et par les forces de l’ordre. Or la couverture forestière, de 30 % en 1950, est aujourd’hui à moins de 15 %.
< Le citoyen, lui, ne mesure guère les enjeux. À entendre les paysans, « il y a toujours eu de la forêt, il y en aura toujours », alors même que tout leur environnement témoigne du contraire. D’autres sont complices, la forêt étant, chacun le sait, le lieu de tous les dangers et le refuge des esprits mauvais : pour se débarrasser de ces derniers, il suffit de brûler la première ! S’en est suivie une forte érosion dont l’effet a enrichi le vocabulaire international des géographes, lavaka (trou, creux) désignant une grande excavation en forme de cirque à parois verticales, creusée par les eaux au flanc des collines couvertes d’argiles latéritiques.
Le feu exerce une véritable fascination sur le Malgache, qui s’y trouve confronté à longueur de vie. L’incendie des hauts lieux de la capitale marque toujours les esprits : l’Hôtel de ville en 1972, Andafiavaratra, le palais du premier Ministre, en 1976 et Manjakamiadana, le palais de la Reine, en 1994. Et la lecture des archives, comme celle des quotidiens, n’est qu’une monotone litanie de villages incendiés, de cases brûlées, de dépôts de bois calcinés, de villes en flammes, de prairies réduites en cendre, de forêts primaires en feu…
Les feux de brousse seraient-ils donc l’expression privilégiée d’un mal-être secret ? Jamais ils ne sont plus nombreux et plus violents qu’en période de tension politique, la corrélation entre les deux phénomènes est admise de tous. Les sachant interdits, le paysan prend un malin plaisir à les multiplier dès lors que l’autorité centrale se relâche. Prend-il, par la même occasion, une revanche sur les chefs, petits et grands, qui ne cessent de le pressurer et de l’humilier ?
À y regarder de plus près, la population manifeste une surprenante indifférence pour la vie animale et végétale, voire même une complaisance à faire souffrir les bêtes et à dégrader la nature. Les enfants s’amusent à mutiler les insectes ou les bestioles, ou à frapper les chiens et les bœufs ; leurs parents, eux, prennent plaisir à déguster les tortues et les lémuriens ou à entailler les arbres à portée de machette. L’éducation traditionnelle n’éveille pas à la beauté des fleurs et à l’émotion des couchers de soleil ; loin d’apprendre à contempler les arbres majestueux, elle enseigne que ny hazo avo halan-drivotra (le grand arbre est pris dans les vents – il n’est pas bon de s’élever au-dessus des autres…)
Autre handicap, l’absence de tout souci écologique dans l’environnement urbain1. Chacun, particuliers autant que collectivités, jette ses ordures n’importe où, déverse ses eaux usées dans les cressonnières et se moque de savoir si les huiles de vidange ou les acides contenus dans les batteries de voitures doivent être déversés dans le caniveau ou ailleurs. Mais si tous ont les déchets en horreur, rares sont ceux qui balayent leur cour ou devant leur porte, tandis que les sociétés de nettoyage urbain ne respectent pas leurs cahiers de charges. L’urbanisation détruit l’environnement, l’environnement, en retour, devient un problème de santé publique, provoquant asthme, allergies et autres maladies plus graves encore.
La réconciliation de la tradition avec l’environnement suppose que tous les acteurs y trouvent leur intérêt. À court terme, par la création d’emplois dans la valorisation locale des ressources naturelles autant que des déchets, et par le tourisme, sans oublier la répression des pyromanes ; à long terme, par des reboisements sérieux qui préserveront les rizières de l’ensablement, les sources du tarissement et les routes des éboulements, ainsi que par une éducation civique courageuse et persévérante. En bref, il est urgent de surmonter l’indifférence générale à la notion de patrimoine, qu’il soit naturel, artistique ou intellectuel.


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Fitambarana à l’IFM Publié le 17 Mai 2012, 16.26
Les groupes L’Avion Rose et Tambours Gasy ont partagé la scène de l’Institut français de Madagascar (IFM) le 11 mai dernier.
AccompagnésRencontre improbable entre chansons françaises pop-rock et percussions basée |
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