M. Arthur fait très attention à sa ligne. Normal, il vend du crédit et des appels téléphoniques sur le trottoir. Un business beaucoup plus juteux qu’il n’en a l’air.
C’est dans le quartier toujours très affairé d’Ambotsirohitra que M. Arthur a choisi de planter son parasol fluo, estampillé des mots « appels » et « crédit ». Non loin des ministères et juste en face du palais présidentiel. L’assurance d’avoir toujours de la clientèle, même si la concurrence est devenue âpre ces dernières années entre les taxiphones. On n’atteint pas ici la densité d’Analakely, avec sa bonne centaine d’« opérateurs nomades », postés de jour comme de nuit, mais on n’en est pas loin. De toute façon, M. Arthur détient un avantage concurrentiel certain : il a toutes les autorisations légales pour installer son comptoir, une simple caisse de bois où sont affichés ses tarifs. Et comme le coût de l’appel est en général moins cher chez lui que depuis son propre portable, inutile de préciser que ça se bouscule sous son parasol.
À 42 ans, ce n’est pas exactement le métier que M. Arthur rêvait d’exercer. Il a été auparavant enseignant au prestigieux collège Saint François Xavier et en garde une certaine distinction dans le geste et la parole. Un métier pour lequel il ne sentait pas la vocation, aussi décide-t-il, en 2003, de se reconvertir dans le marketing en intégrant une entreprise de la zone franche. Boulot bien payé, mais soumis aux aléas du marché. Quelques crises et mouvements sociaux plus tard, M. Arthur se retrouve dans le lot des employés remerciés. Quitte à se retrouver à la rue, autant en faire son métier, se dit-il. D’où l’idée de devenir taxiphone. Un choix que lui a en partie inspiré Mme Arthur qui vend elle-même, depuis des années, de la friperie sur le trottoir.
Ses connaissances en marketing lui sont toujours très utiles. Elles lui ont notamment permis de signer des « contrats d’exclusivité » avec certains ministères qui s’approvisionnent en priorité auprès de lui. C’est ainsi qu’il peut se flatter d’écouler jusqu’à un million d’ariary de crédit en une semaine, et rien que pour un opérateur ! « Sans me vanter, je suis l’un des rares taxiphones de la capitale à réaliser un tel chiffre d’affaires », confie-t-il. Si les moins doués atteignent 5 000 ariary de bénéfices par jour, d’autres, comme M. Arthur, parviennent aisément à multiplier ce chiffre par dix, voire plus.
Pour autant, M. Arthur rêve à nouveau de stabilité et se verrait bien terminer sa carrière dans l’un de ces bureaux climatisés de ministères où il a ses entrées. C’est ainsi qu’il est train de postuler pour devenir… fonctionnaire. Quant à son remplaçant, il est déjà est tout désigné : ce sera Mme Arthur. S’il est à cours de crédit, depuis son bureau, il pourra toujours lui chanter : Allô chérie, tu m’entends ?


|
Fitambarana à l’IFM Publié le 17 Mai 2012, 16.26
Les groupes L’Avion Rose et Tambours Gasy ont partagé la scène de l’Institut français de Madagascar (IFM) le 11 mai dernier.
AccompagnésRencontre improbable entre chansons françaises pop-rock et percussions basée |
Download Video: MP4, WebM, Ogg
HTML5 Video Player by VideoJS
Developped by no comment et Copyright © 2012 no comment® Madagascar Contact • Tous droits réservés
Comments
S'abonner au flux RSS pour les commentaires de cet article.