Président du Groupement des concessionnaires automobiles de Madagascar (GCAM), Stanislas Wittmer tire les premiers enseignements du Salon de l’auto qui s’est déroulé du 6 au 9 octobre. Un « frémissement » sur le marché du neuf qu’il espère durable…
Quel bilan tirez-vous de cette troisième édition du Salon de l’auto ?
Au niveau des ventes réalisées sur les stands, on a fait aussi bien, voire mieux qu’en 2009. Ce qui est plutôt encourageant et le signe que la relance est bien là. On assiste depuis le mois de juillet à un frémissement sur le marché du neuf. On n’en connaît pas vraiment la raison, et c’est d’autant plus étonnant que la période des vacances n’est pas particulièrement bonne pour les ventes. Ce que l’on constate, c’est que ce mouvement est en train de durer. On devrait donc cette année dépasser les 2 300 véhicules vendus de 2010, sans évidemment retrouver les fastes de 2008.
La crise est toujours là…
On continue à essuyer les plâtres de 2009. Depuis deux ans, le marché est à moins de 50 % de sa capacité. Plus précisément, on est passé de 5 000 véhicules vendus en 2008, notre année record, à quasiment zéro au premier semestre 2009 ! Malgré tout le GCAM a tenu à organiser son Salon cette année-là, et contre toute attente il a permis de relancer l’activité. Dès le second semestre 2009 les ventes sont reparties à la hausse, et depuis ça se maintient. En attendant mieux…
« Un pays qui m’a toujours fait rêver »
A 50 ans, il a passé à Madagascar plus de la moitié de sa vie. « Un pays qui me faisait déjà rêver quand, tout petit, je déchiffrais le nom de Diego Suarez sur les cartes », confie-t-il. Diplômé en France d’une école de commerce, il découvre le pays en 1985 comme représentant d’un important groupe de négoce international. Sa rencontre avec Bodo, sa future épouse, est déterminante quant à son choix de rester au pays. Ensemble ils auront trois enfants et créeront dans la foulée, en 2000, la compagnie Ursae Minoris Assurances. Malgré un passage comme Resident Manager chez ABB, un des leaders de l’électricité dans le monde, c’est dans le secteur automobile que sa carrière va se dérouler, de Materauto à Continental Auto (ex-Japan Motors) qu’il intègre comme directeur général en 2004. Soucieux de protéger les acquis du secteur automobile, il participe à la création du GCAM en 2006, puis à la relance du Salon de l’auto en 2007. « Madagascar est une rude école pour apprendre le commerce, mais qui réussit ici peut réussir partout dans le monde », estime-t-il.
Mieux, c’est-à-dire les projets miniers ?
C’est évidemment l’avenir, même si pour l’instant, au niveau des ventes des gros utilitaires, camions et engins spécialisés, c’est le calme plat. Les deux projets actuellement en installation ont terminé leur phase d’investissement, et ça se sent nettement au niveau des commandes par rapport à il y a deux ou trois ans. Quant à ceux qui se profilent à l’horizon, croisons les doigts… Il n’y a pas de miracles, le secteur automobile malgache a besoin d’une croissance à deux chiffres pour vraiment décoller.
Comment se dessine la tendance cette année, côté consommateurs ?
Le 4x4 pick-up double cabine reste, et de très loin, le véhicule le plus prisé à Madagascar. Il représente au moins la moitié de nos ventes. Il intéresse autant les grosses sociétés que les familles en raison de sa forte capacité de chargement. Rien à voir avec La Réunion qui est plutôt un marché de petites berlines à faible consommation, mais c’est évidemment lié à l’espace et à l’état de nos routes.
Les « belles chinoises » continuent également leur percée…
Oui, et c’est un mouvement dont nous sommes assez fiers à Continental Auto, puisque nous avons été les premiers à nous lancer sur ce créneau. Dès 2005 et dans le scepticisme le plus général ! Depuis, on a été imités et ça devient presque un effet de mode d’avoir sa petite citadine chinoise… Son atout, un rapport qualité-prix imbattable, jusqu’à trois fois moins chère sur certains segments, ce qui la rend extrêmement attractive pour les budgets malgaches.
Quelques milliers de véhicules vendus chaque année pour un pays de 15 millions d’habitants : peut-on vraiment parler d’un marché du neuf à Madagascar ?
C’est évidemment sans rapport avec les 25 000 véhicules qui s’écoulent chaque année à La Réunion, pour une population de 750 000 habitants ! La réalité économique du pays est telle que seule une toute petite frange de la population a les moyens de se payer du neuf : le moins cher des pick-up doubles cabines va quand même chercher dans les 50 millions d’ariary. L’immense majorité se reporte sur le marché de l’occasion qui représente à lui seul un volume de ventes de l’ordre de15 à 20 000 véhicules par an. Cette situation est d’autant plus paradoxale que les grandes marques sont surreprésentées à Madagascar. On en trouve plus d’une cinquantaine : européennes, japonaises, sud-coréennes, chinoises pour l’essentiel, avec souvent les tout derniers modèles arrivés sur le marché. Le consommateur malgache a ainsi une offre en véhicules neufs qui dépasse largement celle des Réunionnais ou des Mauriciens, voire des Européens, mais sans le pouvoir d’achat qui va avec…

En ce cas, pourquoi ne pas aller sur l’occasion ?
Commercialement, cela ne représente aucun intérêt pour nous. Le système de la reprise ne marche pas ici comme en Europe. Là-bas, il est courant qu’un concessionnaire propose de reprendre votre véhicule de trois ou quatre ans contre l’achat d’un neuf, à charge pour lui de le revendre. Le problème est qu’une occasion de trois ou quatre ans reste encore bien trop chère pour les budgets malgaches qui se rabattent plutôt sur les véhicules de 15 ans d’âge. Aucune chance de l’écouler : à ce prix un consommateur qui a les moyens ira directement sur du neuf.
Les vendeurs informels vous font-ils concurrence ?
Non, puisque nous ne visons pas la même clientèle. Je dirais même qu’on ne fait pas le même métier. Il suffit de voir comment ça se passe au Marais Masai. Là-bas, c’est un peu la cour des miracles. On voit des choses ahurissantes comme ces voitures qui arrivent en conteneurs coupées en deux et qui sont ressoudées sur place. Parfois la carrosserie vient d’un pays et le moteur d’un autre, ce qui pose quantité de problèmes quant à la tenue de route. Nous, comme partenaires agréés des grandes marques, sommes astreints à un cahier des charges extrêmement rigoureux. Tous nos modèles sont aux normes que ce soit au niveau de la sécurité ou de la protection de l’environnement.
Pourquoi les constructeurs ne s’orientent-ils pas vers des véhicules adaptés aux pays en voie de développement ?
Certaines marques jouent la carte du low cost. Comme Dacia dont les modèles, à l’origine, étaient destinés aux pays en voie de développement. Mais cela reste encore très cher pour un budget malgache. En fait, ce sont les pays industrialisés touchés par la crise qui en profitent le plus. Les Chinois fabriquent bien des véhicules très fiables et très économiques en joint venture avec les grands constructeurs mondiaux, de type Peugeot ou Toyota. Mais ces modèles sont réservés au marché intérieur, interdits à l’exportation pour ne pas concurrencer précisément les grandes marques à l’international. Peu de chances de les voir débarquer à Madagascar, même tombées du bateau…

Le GCAM en chiffres
Créé en 2006
8 adhérents : Continental Auto, Madauto, Malgamobile, Materauto
Ocean Trade, Sicam, Sodiama, Sodirex
3 Salons de l’auto organisés depuis 2007
Salon 2011 :
13 000 entrées
30 exposants
16 000m² de surface d'exposition
Marché du neuf :
2 300 véhicules vendus en 2010
5 000 véhicules vendus en 2008
Aucun moyen de sortir de l’impasse ?
La seule solution un tant soit peu réaliste serait de développer le leasing. Autrement dit, accorder des facilités de crédit telles que n’importe qui pourrait avoir son véhicule neuf. Le principe est simple : la société de leasing achète le véhicule cash au concessionnaire et le propose en location au particulier qui en devient propriétaire au bout de quelques années. En Tunisie, du jour où les sociétés de leasing se sont implantées, le marché de l’automobile a littéralement explosé. A Madagascar, malheureusement, en l’état actuel de la réglementation, ça revient beaucoup trop cher et pour la société de leasing et pour le consommateur. Pour une simple histoire de TVA facturée deux fois sur laquelle l’administration ne veut pas faire de concessions…
Le lobby de l’automobile a-t-il les moyens de peser sur ce dossier ?
En tant que groupement des concessionnaires, nous intervenons à travers l’Association pour le développement du crédit-bail (ADCB). C’est une structure qui bénéficie d’un financement international et qui fédère également les sociétés de leasing déjà existantes ainsi que les compagnies d’assurance. Nous faisons du lobbying, mais sans avoir l’impression de plaider pour notre seule chapelle : l’installation d’un vrai leasing intéresse toutes les entreprises soucieuses de s’équiper, et pas seulement en automobiles. Notre vocation est de proposer des mesures d’accompagnement qui soient un vrai levier pour le développement du pays tout entier.
Avez-vous l’impression d’être entendu ?
Le secteur automobile malgache représente des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, et des milliards d’ariary qui rentrent chaque année dans les caisses de l’Etat sous forme de taxes diverses. Nous sommes un soutien indispensable aux trois secteurs économiques majeurs du pays que sont l’agriculture, le tourisme et les mines, et en cela dignes d’être entendus. Ce n’est pas tout à fait un hasard si le Salon de l’auto est aujourd’hui l’une des trois manifestations commerciales les plus importantes du pays.


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Fitambarana à l’IFM Publié le 17 Mai 2012, 16.26
Les groupes L’Avion Rose et Tambours Gasy ont partagé la scène de l’Institut français de Madagascar (IFM) le 11 mai dernier.
AccompagnésRencontre improbable entre chansons françaises pop-rock et percussions basée |
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